Départ de l’abbé Mawet | Une belle page d’Eglise s’est tournée à Sainte-Alix

 

Départ de l’abbé Mawet – Une belle page d’Eglise s’est tournée à Sainte-Alix

 

Reportage Par Christian Laporte

 

C’est un fameux chapitre de l’histoire de l’Eglise catholique de Bruxelles – et aussi un peu belge…-  qui s’est clôturé ce dimanche 10 septembre dans l’après-midi à l’église Sainte-Alix à Woluwe-Saint-Pierre pour l’abbé Philippe Mawet dont l’infatigable action et une disponibilité totale et permanente  fut aussi liée à juste titre au développement, depuis 2008, de l’Unité pastorale Stockel-Au-Bois, dans le doyenné de Bruxelles-Est.

Atteint par la limite d’âge – 75 ans…- imposée aux membres les plus actifs du clergé, celui qui a présidé aux destinées de Sainte-Alix mais aussi de Saint-Paul a officiellement pris congé de ses ouailles mais n’en restera pas moins à disposition de ses plus jeunes confrères comme prêtre auxiliaire.

L’abbé Mawet n’épatera donc plus ou, pour être précis, n’épatera plus que plus occasionnellement, ses fidèles ouailles wolu-sanpétrusiennes, appréciant ses célébrations simples mais toujours très prenantes ou ses homélies qui tout en ne tournant jamais autour du ciboire se distinguent par un esprit humaniste dans tous les sens du terme.  Une manière de présenter mais davantage encore de vivre l’Evangile au quotidien qui fit que tant de participants peu ou prou croyants qui ont eu un jour la joie de participer à une de ses célébrations – joyeuses, tristes ou tout simplement dominicales – l’apprécient depuis pas mal de temps. Parmi elles et eux, aussi bon nombre de croyants d’autres religions voire des laïques purs et durs qui ont toujours apprécié son ouverture d’esprit dans ce rôle dans l’environnement chrétien bruxellois mais aussi dans les médias chrétiens qu’il a accompagné tout au long de ces dernières décennies, en télé, en radio, sur le net. Et cela tout en comptant aussi beaucoup d’amis dans les médias traditionnels sans jamais jouer les stars comme certains collègues d’ici et d’ailleurs.

Ce n’était donc pas un hasard, si l’église Sainte-Alix avait fait le plein, dimanche, malgré le temps toujours caniculaire  sous la surveillance discrète d’une équipe de la Croix-Rouge, prête à intervenir auprès d’un public très sympathique de personnes de  tous âges et de toutes origines.

Et ce en présence aussi d’une belle délégation politique locale, emmenée par le bourgmestre Benoît Cerexhe (Les Engagés), l’Unité pastorale et les paroisses locales avaient tenu à accompagner Philippe Mawet dans une très belle messe d’action de grâce encore rendue plus priante par la présence de moult choristes mais aussi d’une assemblée très active. Avec en passant, quelques clins d’yeux aux passions de l’abbé dont celle des trams et des trains…

D’emblée, l’abbé Mawet a souhaité la bienvenue, non sans évoquer la mémoire de son prédécesseur sur place mais aussi celle du père de l’abbé Marot (Notre-Dame de Stockel) voire celle de Pierre Mairesse, un des piliers de la paroisse, décédé il y a quelques mois.

Philippe Mawet a aussi excusé en quelque sorte l’absence du cardinal De Kesel qui lui a téléphoné pour le remercier ainsi que celle du frais émoulu archevêque Mgr Luc Terlinden, déjà retenu tout comme Mgr Jean Kockerols, l’évêque auxiliaire, par d’autres obligations. Trois hommes qui à des périodes diverses ont collaboré de près avec l’abbé… qui avait aussi marqué le cardinal Danneels.

Puis, c’est tout naturellement que la nouvelle responsable de l’Unité pastorale, Christine Scheeren a pris le relais en rendant aussi hommage à un prêtre ordonné, pour nous encore un fameux symbole, par le cardinal Suenens, acteur-clé du concile Vatican II…

La nouvelle RUP a souligné que Philippe Mawet « avait été une source d’inspiration pour tous, étant toujours resté fidèle à son appel ». « Un homme de peu de sommeil mais de nombreuses prières, bienveillant et doté d’une grande capacité d’écoute. Qui continuera à cultiver l’unité dans la diversité ».

Un vrai pédagogue aussi pour faire passer les lignes de faîte des textes des messes. A preuve ici ses commentaires sur les lectures du jour, soit l’Exode avec l’épisode du buisson ardent rencontré par Moïse et la lettre de Paul aux Ephésiens sur l’humilité et la patience.

Et, enfin, cerise sur le gâteau jubilaire, l’évangile du jour sur « le sel de la terre et la lumière du monde ». Pour l’abbé Mawet, « le » texte qu’il fallait pour faire aussi un bilan de l’Unité paroissiale… « Rester le sel de la terre » expliqua-t-il « c’est ne jamais être insignifiant… Mais en même temps l’UP Stockel-Au-Bois, c’est aussi se profiler comme « lumière du monde ». Et Philippe Mawet de se lancer dans une comparaison encore plus interpelante dans cette église Sainte-Alix illuminée par ses propres vitraux : « une facette indispensable dans le vitrail de l’UP Stockel-Au-Bois qui réunit les pratiquants mais aussi ceux qui ne pratiquent guère ou pas, souvent dans les périphéries de nos sociétés ».

Dans son homélie, l’abbé Mawet a aussi rendu hommage à toutes celles et ceux qui l’ont éduqué, suivi, formé : « mes parents, de vrais parents chrétiens ; mes lieux de formations : le séminaire de Namur et l’Université catholique de Louvain ; les responsables des médias chrétiens (TV, radio, net, etc) où il a pu vivre l’Eglise de près « par le cœur et l’esprit » puis les lieux qui l’ont accueilli : la paroisse naissante de Louvain-la-Neuve, les communautés du Bon pasteur, Stockel-Au-Bois, etc.

Philippe Mawet a toujours été marqué aussi par l’honneur de se voir nommer citoyen d’honneur de Woluwe-St-Pierre mais pourrait-il en être autrement quand on voit que même pendant les heures difficiles vécues lors de la crise mondiale du Covid, il parvint à maintenir l’unité et le contact avec ses fidèles et bien d’autres chrétiens d’au-delà à travers ses magnifiques « vidéohomélies »…

Un bilan formidable qui ne pouvait qu’être suivi d’une interminable standing ovation qui ne prit fin qu’après plusieurs appels au silence de l’intéressé…

Mais nous n’étions pas au bout de nos surprises : les intentions nous ramenèrent une fois encore à l’actualité avec Fabienne Verhoeven ; pendant les hommages, l’émotion remonta d’un cran lorsqu’on entendit un message de Frère Aloïs, le supérieur de Taizé. Puis, lors de la remise d’un cadeau qui ne pouvait qu’émouvoir notre collègue, confrère et ami : un double Livre d’or de souvenirs communs ou un peu moins vécus par l’abbé Mawet et son environnement pastoral mais tellement parlants pour ce grand médiateur de la foi et des médias…

Immanquablement, cela nous ramena aussi à un certain jour de mai 1981, le mercredi 13 pour être précis où l’alors jeune abbé et le tout aussi jeune  auteur de ces lignes, dans la plus totale illégalité de non-reconnaissance des radios libres, firent une première émission commune après l’attentat d’Ali Agça contre Jean-Paul II sur la place Saint-Pierre à Rome sur les ondes de Radio Louvain-la-Neuve… (1)

Reste à dire un dernier mot de la « Prière de Philippe » : une superbe conclusion avant que les fidèles ne se retrouvent autour de leur pasteur. Un texte d’envoi où l’abbé Mawet rappela qu’il était temps pour lui de céder le relais. « Pas nécessairement pour quitter la caravane paroissiale mais pour y trouver la juste place de celui qui veut simplement y vivre une présence fraternelle et priante »…

A bientôt cher Philippe Mawet…

  • Evocation aussi dans l’émission « Décryptages » du 8 septembre sur RCF : https://www.cathobel.be/2023/09/decryptages-le-pape-en-mongolie-un-retour-aux-peripheries-audio/

Photos ©Michel Hauquier