Le Carême, un temps pour partager, prier et jeûner par l’abbé Guido Vandeperre

 

 

Le Carême, un temps pour partager, prier et jeûner par l’abbé Guido Vandeperre

 

Ce mercredi 2 mars a marqué le début du carême avec le mercredi des cendres.

La période de Noël semble à peine derrière nous et nous entamons déjà le Carême. Un temps dont la teneur est très différente de celle de la saison de Noël. Ce long temps de préparation à Pâques nous plonge dans le processus par lequel passe tout grain de blé : se révéler, se défaire de tout ce qui pèse et alourdit notre cœur. C’est un temps de renoncement intérieur : on continue à faire les choses du quotidien par choix mais on ne se laisse plus consumer par elles. Ce renoncement crée en nous un espace pour la présence de Dieu et sa Parole. S’engager dans une telle voie est difficile et délicat. Tout comme les contractions précèdent la naissance d’un bébé, notre nouvelle naissance ne se fera qu’à travers les douleurs de croissance et le changement.

Mercredi des cendres

Au début de ce temps fort, nous avons reçu une croix en cendres où nous avons entendu le message « Repentez-vous et ouvrez vos cœurs à l’Évangile ». La cendre fait référence à notre vulnérabilité, à notre mortalité, au fait que nous sommes inachevés, mais la cendre purifie aussi et rend la terre fertile. Ainsi par ce geste, nous exprimons notre désir de vivre différemment, de laisser le passé derrière nous et que nous croyons en un nouvel avenir.

Il s’agit donc d’un mode de vie différent, celui de l’Évangile, celui que Jésus a vécu pour nous. L’amour y occupe une place centrale. L’évangile de Matthieu du mercredi des Cendres nous invite à recadrer et à greffer notre amour pour Dieu, notre prochain et nous-mêmes sur l’amour de Dieu. Jésus nous donne trois moyens d’y parvenir : l’aumône, la prière et le jeûne. Travailler sur notre relation avec le prochain, avec Dieu et avec nous-mêmes. Peut-être pas par hasard, dans cet ordre.

Partager

Jésus parle de l’aumône dans l’Évangile. Au fil du temps, le mot « aumône » a acquis une connotation plutôt négative : « ce que l’on donne n’est pas grand-chose, on le donne pour se soulager,… ». Dans notre tradition chrétienne, nous parlons plus volontiers de partage car dans ce mot il y a aussi l’appréciation et la reconnaissance de celui avec qui nous partageons. Dès l’enfance, on nous apprenait à la maison à partager avec les frères et sœurs et surtout avec les plus petits. Dès notre plus jeune âge, on nous l’a inculqué à la cuillère ; après tout, nous ne sommes pas seuls au monde. En grandissant et en croissant, nous nous sommes rendus compte que le partage ne se limite pas à la nourriture ou aux biens matériels. Partager les uns avec les autres est profondément humain. Nous partageons également notre « humanité » avec les autres ! Et en tant qu’êtres humains, nous rêvons de bonheur, de prospérité, de dignité et d’amour. Mais inévitablement, tôt ou tard, nous subissons tous des blessures telles que la perte et le malheur. C’est pourquoi nous partageons tant de choses les uns avec les autres ! Ce qui est beau et ce qui ne l’est pas. Mais en même temps, nous « partageons » et « redistribuons » si peu… C’est précisément ce sur quoi le Carême veut attirer notre attention et nous inviter à le prendre à cœur. Plus encore, c’est Jésus qui nous demande :  » Aime ton prochain comme toi-même «  et qui ne voudrait pas prendre soin de lui-même ? Travaillons donc à notre solidarité avec les personnes proches et lointaines. L’organisation Broederlijk Delen nous appelle donc pendant quarante jours à redistribuer et à vivre avec moins. Ils ont la certitude que le partage est la réponse aux problèmes d’aujourd’hui. En ce Carême, faisons un acte de partage.

La prière

Prier, c’est « parler à Dieu », dit-on parfois. Quel meilleur endroit pour le faire que dans votre chambre intérieure, comme le suggère Jésus ? Le temps qui vient est l’occasion de s’approcher un peu plus de Lui, de resserrer notre relation avec Lui. Il devient important dans la mesure où nous prenons du temps pour Lui. Le Carême nous aide à prendre conscience que notre propre personne n’est pas au centre de la création et à utiliser cette création d’une manière juste, à savoir toujours face au Créateur. Lui rendre visite et s’asseoir à ses pieds nous donnera de la force et maintiendra l’espoir en nous. Prenez donc du temps et de l’espace pour Lui, dans quelques minutes de silence, en lisant l’évangile du jour ou bien en participant à une retraite numérique.

 

Le jeûne

Vient enfin la dimension avec nous-mêmes. Comment interagissons-nous avec les gens et les choses ?

Autrefois, le jeûne était parfois appelé « mortification ». Un vieux mot qui est passé de mode mais qui dit bien ce que signifie le jeûne : mourir au « vieux moi » avec ses vieilles habitudes pour qu’un « nouveau moi » puisse naître dans la liberté. Ou que notre « vrai moi » soit tiré de dessous la poussière. Cette période nous donne donc l’occasion de réfléchir à ce qui nous asservit, à ce que sont nos habitudes. L’espace n’est pas infini dans nos cœurs et nos esprits. Alors, à quoi accordons-nous de l’espace et du temps ?

Comment utilisons-nous les richesses de notre terre ? Continuons-nous simplement à consommer ou voulons-nous utiliser la nourriture, l’eau et l’énergie de manière durable et avec soin ? En tant que société mais aussi chacun de nous personnellement.

Le temps de la « rupture »

Le Carême peut ainsi devenir un temps de « rupture », où l’on peut faire les choses avec un peu moins ou différemment, avec plus d’attention au silence et au prochain. Une période de solidarité et de spiritualité : partager son abondance et ménager du temps pour la prière.

C’est toute une tâche et donc aussi une invitation à se tourner vers notre intériorité, à réfléchir à notre vie d’aujourd’hui. Bref, à entamer une conversion.

Nous vous souhaitons un Carême fort et vertueux !

Pasteur Guido

 

Traduction Anne Périer

Le texte originel a été publié dans Kek & Leven : accéder au site du journal papier flamand ici.