Messe d’envoi des franciscains : « Ne restons pas enfermés dans la tristesse »
Samedi 6 septembre, l’église Notre-Dame-des-Grâces du Chant d’Oiseau a accueilli une assemblée nombreuse et émue pour la messe d’envoi des frères franciscains. Après plus de 90 ans de présence dans le quartier, ils laissent une empreinte spirituelle, sociale et culturelle indélébile.
Dès le début de la célébration, le ton était donné : si la tristesse du départ est réelle, elle ne doit pas figer la communauté. « Ne restons pas enfermés par la tristesse, même si nous devons la connaître et la reconnaître », a exhorté Mgr Jean Kockerols.
Le vicaire épiscopal délégué aux périphéries a invité les fidèles à entrer dans une dynamique de résurrection et de confiance : « Celui qui regarde en arrière devient une statue de sel. Avançons avec courage, gardons la joie des disciples de saint François. »
Une paroissienne a insisté sur l’importance de poursuivre l’élan évangélique : « Restons fidèles au message de saint François, attentifs aux malades, aux chômeurs et à tous ceux qui souffrent. »
Au nom des frères, Frédéric-Marie Le Méhauté, provincial des frères mineurs de France-Belgique depuis avril 2025, est venu exprimer l’émotion partagée : « Quand on part, c’est que l’on a partagé quelque chose. Ce sont désormais des souvenirs et une histoire commune que nous avons à cœur. Merci pour l’accueil, pour la confiance et pour tout ce que nous avons pu vivre ensemble. »
Des racines franciscaines à Bruxelles
La présence franciscaine à Bruxelles ne date pas d’hier. Les frères mineurs s’y installent dès 1228 et érigent en 1244 une chapelle dédiée à la Vierge, appelée « Notre-Dame aux chants d’oiseaux » au bord de la Senne. La dévotion à cette statue mariale a traversé les siècles, malgré les guerres et destructions, pour renaître notamment au XIXᵉ siècle dans l’église Saint-Antoine. Une copie de cette Vierge, surnommée « la Vierge au sourire », orne aujourd’hui Notre-Dame-des-Grâces.
Le grand pari du Chant d’Oiseau
Le choix du plateau du Chant d’Oiseau intervient dans les années 1930, à la suite de la séparation administrative des provinces franciscaines wallonne et flamande. Les frères wallons décident d’y construire un nouveau couvent, inauguré en 1935, conçu comme maison d’étude et de rayonnement intellectuel. Le séminaire forme des générations de religieux jusqu’en 1968.
Au centre de ce projet se trouve l’église Notre-Dame-des-Grâces, œuvre de l’architecte Camille Damman. Sa construction, échelonnée de 1934 à 1949, donne naissance à un édifice monumental, consacré par le cardinal Van Roey le 2 juillet 1949.
Une empreinte sociale et pastorale durable
Au-delà de la vie religieuse, les frères ont façonné l’identité du quartier. Ils ont fondé une paroisse vivante, encouragé la création de l’école Notre-Dame-des-Grâces et accompagné des mouvements de jeunesse. Leur présence a soutenu le développement démographique et social d’un quartier autrefois encore rural.
À partir des années 1970, la « Maison Notre-Dame du Chant d’Oiseau » devient un lieu de formation et de rencontre ouvert à tous : retraites, séminaires, sessions pour associations et écoles s’y succèdent. Ce lieu reste aujourd’hui encore un centre d’accueil de référence.
Une page se tourne, la mission continue
La paroisse, désormais confiée au diocèse, poursuivra son chemin avec de nouvelles équipes. Pour marquer ce passage, une exposition a été inaugurée à l’église, rassemblant près d’une centaine de photos et de documents d’archives retraçant neuf décennies de présence franciscaine au Chant d’Oiseau. Accessible jusqu’à la fin de l’année, elle offre aux paroissiens et aux visiteurs un témoignage précieux de cette aventure spirituelle et humaine.
Le départ du Chant d’Oiseau n’a cependant pas mis fin à la présence franciscaine dans la capitale. Cinq frères issus de cette fraternité rejoignent désormais l’Unité pastorale de Saint-Gilles.
Le dimanche 21 septembre à 10h30, l’église de la place Saint-Gilles accueillera une messe d’installation présidée par Mgr Luc Terlinden. Cette célébration marquera l’ouverture d’une nouvelle page, au cœur d’un quartier populaire et multiculturel, où les religieux entendent poursuivre leur mission de prière, de proximité et de service. Dans l’esprit de saint François, l’attention aux plus fragiles et le souci du dialogue resteront au centre de leur engagement.