« Nous sommes tous et toutes des apprentis théologiens »

Du 11 au 13 septembre, près de 80 personnes du réseau Fratelli Tutti se sont retrouvées pour une session de théologie pratique organisée à l’échelle interdiocésaine avec les diocèses francophones de Belgique. Le réseau rassemble des groupes de partage catholiques constitués de personnes en situation de précarité et d’exclusion sociale. « Le Christ, pain partagé » constituait le thème du week-end.

Durant trois jours, les participants ont alterné sous-groupes appelés fraternités, temps conviviaux, veillées, chants, prière, et échanges avec les théologiennes formées par le Réseau Saint-Laurent, Marie-Agnès Fontanier et Dominique Coatanea (Facultés Loyola). Le diacre Sébastien Combre (Diaconie Toulouse) était le fil rouge, garant de la démarche (charte et pédagogie) pensée par le Réseau Saint-Laurent durant la session.

Mais l’essentiel était ailleurs : faire de la théologie à partir de la vie concrète. « Nous sommes tous et toutes des apprentis théologiens », a dit Evelyne. Car quiconque réfléchit à sa foi fait déjà de la théologie. Ici, certains ont étudié dans les livres ; d’autres ont découvert Dieu dans les galères de la vie. Tous et toutes avaient quelque chose à apporter.

Les échanges ont fait surgir des paroles fortes : « J’ai été cassé pour rien, le Christ a été cassé pour tous. » Ou encore : « On passe notre temps à chuter, et on se relève, incapable d’aimer. C’est la pédagogie de Dieu : l’humilité et la patience. Il nous relève sans cesse et nous dit qu’il nous aime. »

« L’animatrice du groupe balaie d’un regard bienveillant les 7 personnes de la fraternité, Louise n’est pas en forme. Mais ça va, on est prêt. Il faut rappeler la méthode : chacun à son tour s’exprime sur la question, on ne se lance pas de suite dans une discussion. C’est que le vécu de chacun doit être bien exprimé, il vient du fond de la personne, de son expérience de vie, parfois il soulève des points sensibles, des blessures et il faut trouver les mots pour le raconter. Car chacun a une intelligence, une compréhension de Jésus pauvre, proche, Jésus parfois cassé, pain rompu de Dieu, qui nourrit. La méthode est bien suivie, puis c’est un échange plus large, quelque chose se dégage du groupe, 3 phrases l’expriment. Un silence. Puis d’un seul coup, une expression particulière, une perle ; on n’avait pas pensé à cela. Une heure d’attention soutenue, ça fatigue – le secrétaire aussi – 10 minutes de pause ; pas de problème, chacun reviendra à l’heure. Car l’attention aux autres et la volonté de construire ensemble sont là. »

André Friant, prêtre participant à la session et scribe d’une fraternité.

La grande conversation théologique du dimanche a couronné cette expérience. Avec les 3 intervenants français, un représentant de chaque fraternité s’est placé autour de la table, entouré de son groupe. On y a exprimé ce qui avait été partagé durant les échanges, et la discussion s’est approfondie. Même les plus timides ont pris la parole.

Et puis il y avait la joie : celle des veillées où l’on chante et danse, celle des rencontres, une joie qui n’efface pas les épreuves mais qui témoigne d’une vie plus grande qu’elles.

Pour Claire Rullens, qui figurait dans l’équipe d’organisation de la session, ce fut secouant : « Ces personnes sont uniques, et n’ont pas peur d’être elles-mêmes. J’ai vu le Christ sur chaque visage, et surtout un grand trésor dans chaque personne rencontrée. Elles ont affronté et affrontent toujours des expériences de vie très lourdes, et difficiles à porter. Mais elles portent en elles une force, et surtout une foi très concrète, très sûre. Je suis rentrée chez moi bouleversée, et convertie. »

Le week-end s’est clôturé par une célébration eucharistique, vécue avec une émotion particulière. Après trois jours à chercher Dieu ensemble, peut-être restait-il surtout cette conviction : Dieu se laisse rencontrer dans la parole, la foi et la vie de celles et ceux que notre société regarde trop souvent comme les derniers.

À la suite de Saint-Laurent, nous redisons avec force « Les pauvres sont le trésor de l’Église ».

L’équipe organisatrice du réseau Fratelli Tutti Belgique.

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