Projet Rafaël | L’opinion de Vincent Delcorps, rédacteur en chef de Cathobel

Vincent Delcoprs, directeur de rédaction de CathoBelDans le dernier journal Dimanche, le rédacteur en chef Vincent Delcorps revenait dans son édito sur le projet Rafaël, en ce compris sur traitement journalistique de la RTBF et d’autres médias. Son opinion, tout en nuance, est une très bonne conclusion à la polémique. Nous avons choisi de reproduire ici le texte dans son intégralité:

La semaine dernière, plusieurs médias ont présenté un travail d’investigation consacré à Rafaël, un projet social porté par l’Eglise. Dans la foulée, nous nous sommes naturellement aussi intéressés de très près au projet.

D’emblée, reconnaissons deux limites à notre travail.

  • Nous n’avons pu bénéficier des moyens colossaux que furent ceux de nos collègues; notre travail est dès lors moins approfondi;
  • CathoBel est un groupe soutenu par l’Eglise; à ce titre, sur ce sujet, nous pouvons apparaître comme « suspects ».

Cela étant posé, nos recherches permettent de mettre en évidence trois éléments.

  • Il y a vraisemblablement eu quelques soucis de gestion dans l’. Certaines pratiques interpellent sur le plan juridique, d’autres posent question sur le plan éthique. Ce n’est malheureusement pas exceptionnel, ni dans les milieux ecclésiaux ni ailleurs. Si cette affaire permet d’apporter davantage de rigueur et de professionnalisme au sein de l’asbl – et, plus largement, dans tous nos lieux d’Eglise –, nous pourrons nous en réjouir.
  • En aucune manière, l’honnêteté des responsables ecclésiaux du projet ne semble pouvoir être mise en cause. Aucune trace d’enrichissement personnel, de volonté de nuire. Au contraire, l’affaire met en scène des personnes dévouées, qui ne comptent ni leurs heures ni leur peine. En réalité, les journalistes eux-mêmes n’accusent pas directement l’Eglise de malhonnêteté; et pourtant, paradoxalement, c’est sur ce postulat que repose l’ensemble de leur démarche.
  • Enfin, si le travail journalistique est approfondi, il n’en demeure pas moins imparfait. Au lieu de rechercher une diversité d’experts et de témoins, ils n’ont retenu (et mis en scène) que ceux qui allaient dans un sens; au lieu de chercher à comprendre, ils ont voulu accuser; au lieu d’être nuancés, ils ont présenté un récit univoque. Pourquoi? Serait-ce cela le journalisme d’investigation?

Au final, reste une impression d’injustice et de gâchis. Car les dégâts collatéraux seront importants. Sur la crédibilité des personnes citées, sur la réputation du projet, sur l’engagement des bénévoles, sur l’image du secteur – mais aussi sur la confiance envers les grands médias…

Et pendant ce temps-là, les vraies questions demeurent. Celle-ci notamment: comment expliquer qu’en 2021, en Belgique, tant de personnes vivent encore dans des conditions indignes?

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© texte: Vincent Delcorps