10ème édition des Magritte du Cinéma – Père Charles Declerq nous raconte

La dixième édition des Magritte a eu lieu le 1er février 2020. Père Charles Declerq a assisté à l’événement en tant que journaliste et a accepté de répondre à nos questions : 

 

Depuis combien de temps assistez-vous aux Magritte ?

J’ai assisté aux Magritte pour la première fois le samedi 1er février 2014. C’était la quatrième édition. 2020 est le dixième anniversaire et c’est donc ma septième participation comme journaliste.

 

Que pensez-vous de ce genre de cérémonie ?

Mon sentiment est partagé. Il m’arrive souvent de me dire que c’est la dernière fois que j’y participe (depuis la salle de presse et non dans la salle du public) et c’est probablement plus le plaisir de partager une soirée avec des consœurs et confrères critiques de cinéma ou membres de la presse cinématographique qui me fait prendre le chemin de la soirée des Magritte. Ma déception vient surtout de l’enrobage de la cérémonie. Le contenant a plus d’importance que le contenu. Le plus gros du temps est consacré à l’animation par un maître de cérémonie et différents invités qui présentent des sketchs plus ou moins drôles censés faire rire et apporter de l’autodérision « à la belge ».

Tout cela se veut drôle et en distance ironique mais c’est parfois forcé et lourd, voire blessant ou insultant. En 1972, l’essayiste Henri Petit écrivait dans Les visages :« Ironie : Façon presque toujours méchante, et même cruelle, d’abuser des avantages d’esprit que l’on peut avoir sur quelqu’un, à un moment donné ; l’ironie fait encore plus de mal à celui qui l’exerce qu’à ses victimes.
Vous croyez, par vos moqueries, égratigner tout au plus celle-ci et celui-là ; regardez vos mains, il y a des traces de sang sous vos ongles.
 »

Cette dernière phrase était plus que jamais d’actualité pour cette 10e édition. Il m’est arrivé de rire et j’avoue que je n’en suis pas fier !

 

Est-ce que cela augmente la visibilité de certains films ?

Est-ce que les spectateurs regardent le spectacle pour l’emballage plus que pour le contenu, à savoir les films ? Je ne sais pas mais je doute que la visibilité augmente. Je constate toutefois qu’une salle projette encore Duelles.

 

Qui sélectionne les films et combien de personnes votent ?

Les films sont sélectionnés par un comité de l’Académie André Delvaux mais je ne puis donner plus de précisions. Je suppose qu’il en va comme dans les festivals où un groupe de personnes est chargé de sélectionner les films présentés. Il faut cependant être honnête il n’y pas énormément de films belges francophones et le choix est donc déjà limité au départ.
Il y a a environ 850 votants dont une vingtaine de journalistes (dont je suis) qui ont rejoint l’Académie Delvaux cette année.

 

Le film « Duelles » est le grand vainqueur de cette édition, qu’en pensez-vous ?

J’avais apprécié le film lors de sa sortie, un thriller psychologique très sombre et dont on ne sort pas indemne de la salle… mais ce n’était pas mon choix pour cette année.

 

Avez-vous un film coup de cœur ? Pouvez-vous nous dire pourquoi ?

Mon coup de cœur était Lola vers la mer, de Laurent Micheli. Que j’ai d’ailleurs eu le plaisir d’interviewer pour RCF. C’est un excellent film sur la trans-identité qui offre un double regard, celui de la personne transgenre et celui des parents. C’était traité avec pudeur et émotion et interprété par une vraie actrice transgenre, Mya Bollaers, dont c’est ici le premier rôle au cinéma. Ella a d’ailleurs obtenu le prix du meilleur espoir féminin. Et l’on doit remercier le réalisateur de nous la faire connaitre et, à travers elle, de pouvoir nous faire connaître un monde aux frontières, inconnu ou mal connu de beaucoup. Voilà donc un film qui apporte un souffle nouveau au cinéma belge.

 

 

©Photo de la vignette Stéphane Fumière