1er Forum chrétien francophone à Lyon : des rencontres en confiance !

Du 28 au 31 octobre s’est tenu à Lyon le 1er Forum chrétien francophone. Émanation et intuition du Forum chrétien mondial, il s’appuie sur quelques grands piliers institutionnels que sont le Conseil œcuménique des Eglises, le Conseil pontifical pour l’Unité des Chrétiens, et la Communion des Eglises évangéliques et pentecôtistes, tout en proposant une démarche bien loin des sentiers académiques. Ce rendez-vous inédit a rassemblé environ 250 personnes issues de plus de 20 dénominations et familles d’Eglises chrétiennes (et trinitaires) d’Europe ainsi que de quelques autres pays. Un temps de rencontre et de partage marqué par la confiance et le témoignage personnel, qui a enthousiasmé l’ensemble des participants.

Quatre catholiques, un réformé, une anglicane et deux évangéliques sont dans un voiture. Cela commence comme une blague. Et témoigne si bien de la diversité des acteurs en présence, dès la prise en charge des participants à l’aéroport ! C’est qu’à Lyon, les rencontres les plus improbables ont lieu : un évêque liégeois en pleine discussion avec un évangélique français, un cardinal français qui rit des moustaches de l’un, un jam au piano improvisé entre un pasteur pentecôtiste et un laïc plus ou moins catholique… C’est que lorsqu’on parle de dialogue œcuménique, on songe souvent à ces rencontres qui, malgré elles, professent le Dieu des armées. Alors qu’ici, c’est précisément désarmés que les participants ont tenu à participer à l’expérience. Une diversité de visages, de cultures, et surtout d’horizons ecclésiaux qui allait surprendre l’assemblée dès la séance d’ouverture. Il y a à l’extérieur un monde qui attend, espère, soupire, souffre, meurt … Dehors, il y a un monde qui attend notre témoignage. C’est par ces mots que le pasteur Casely Essamuah, nouveau secrétaire général exécutif du Forum chrétien mondial, a résumé l’ambition de cette rencontre. Comme une tentative d’abattre les murs et de construire des ponts, sans renier nos lourdes différences en matière de théologie, d’ecclésiologie ou d’expressions de foi, mais en nous rassemblant sous la bannière d’un Christ qui appelle à la fraternité et à l’action commune. Comprenez sans chercher à créer un nouveau lieu d’accords théologiques ou d’ententes bipartites, mais en privilégiant la voie de la confiance et du dialogue aux grands émulations généralement fonctionnelles. Une expérience à vivre qui éveillait au départ questions voire suspicions, mais qui s’est révélé être un laboratoire de vérité.

Une méthode, une originalité   
Venus principalement de France, de Belgique et de Suisse, les participants avaient également fait le déplacement depuis les Pays-Bas, les USA, le Bénin ou encore la Pologne. Ceci pour participer à l’intuition du Forum chrétien mondial de Bogota : proposer aux francophones un temps d’échange qui puisse se dire dans la langue généralement maternelle de chacun et chacune, en suivant la règle constitutive du Forum, toujours composé de chrétiens issus pour moitié des grandes familles ‘historiques’ du christianisme, et pour l’autre moitié des confessions plus récentes. C’est ainsi que nous avons pu constater la soif de spiritualité monastique des Réformés, découvrir l’existence d’un éco-hameau altermondialiste chrétien, discuter avec quelques représentants des Eglises Vieilles-catholiques, ou encore, détail d’importance, prier aux côtés d’Eglises souvent minoritaires ou absentes des lieux de dialogue, comme les évangéliques et pentecôtistes. Car c’est dans la proximité que les parcours des uns et des autres ont pu se dire, dans la confiance aussi, instaurée au sein de ces groupes de partages souvent joyeux, parfois reflets de réalités personnelles et d’Eglises difficiles. Plus qu’un outil, ces petits groupes ont permis l’émergence d’une expérience commune, axée d’abord sur le cheminement personnel de chacun avec le Christ, mais aussi à ses questions ou étonnements par rapport à la foi de l’autre. Une méthode qui a officiellement mis de côté les longs débats théologiques, même s’il est vrai que les pauses et temps de repas ont parfois donné lieu à de véritables explosions dogmatiques. Chacun a ainsi pu découvrir la grâce agissante de Dieu au sein de ces dénominations plurielles, et prier pour que ce dialogue naturel, spontané, trouve ses traductions dans le ministère concret et local de chaque Eglise.

Des célébrations dans le respect
Le Forum a par ailleurs offert aux participants un temps de découverte d’initiatives locales, Lyon représentant depuis très longtemps une ville dans laquelle les expressions et œuvres œcuméniques sont légion. Deux fois par jour, des temps de prière ont été vécu collégialement, dans le respect de la tradition de l’autre. C’est ainsi que certains ont pu participer pour la première fois à un office orthodoxe, prier la Liturgie des heures ou encore s’essayer à la prière enjouée et à voix haute des pentecôtistes. Cet esprit de prière, incarné par un hymne qui a porté l’événement, s’est également incarné au cœur de la célébration publique d’envergure qui a eu lieu le 30 octobre, au sein du grand hall de l’Université Catholique de Lyon. En présence notamment du cardinal Barbarin et de frère Aloïs, cette célébration a mis l’accent sur des réalisations concrètes : communautés œcuméniques, kots multiconfessionnels, et autres expressions de l’unité, toujours visible, toujours palpable. Une célébration hors du commun, qui a mis l’accent sur la richesse de ces parcours, de ces questions, de ces engagements qui n’ont en aucun cas souhaité lisser des réalités contrastées, mais offrir au monde un témoignage crédible et fraternel de chrétiens et de chrétiennes heureux et heureuses de vivre leur foi, tel que l’a souligné le message final de la rencontre.
Une très joyeuse expérience, dont personne, heureusement, n’est sorti indemne.

Paul-Emmanuel Biron.

Pour aller plus loin

Voir aussi :
l’intervention remarquée de Mgr Anba Thomas, évêque copte orthodoxe de Quosseya et de Meir

Le chant de l’Eglise apostolique arménienne lors de la célébration à Lyon