Benoît XVI | Homélie de Mgr De Kesel en hommage au défunt pape en la cathédrale Sts-Michel-et-Gudule

Benoît XVI | Homélie de Mgr De Kesel en hommage au défunt pape en la cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule

A l’occasion du décès du pape émérite Benoît XVI, Mgr De Kesel a présidé une messe d’hommage le vendredi 6 janvier en la Cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule de Bruxelles. Son homélie nous invite à nous remémorer le grand théologien mais aussi l’homme qu’était le défunt évêque de Rome.

Corps de Benoît XVI exposé dans la basilique Saint-Pierre de Rome. (By Agência Lusa – « Papa Bento XVI em câmara ardente » (0m 31s), CC BY 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=127351693)

L’homélie de Mgr Joseph De Kesel

Les lectures de cette liturgie sont les lectures de ce jour, du vendredi avant l’Epiphanie. Dans l’évangile Marc nous parle du baptême de Jésus. Lors de ce baptême une voix vient du ciel et dit : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie ». Cette voix est la voix de Dieu. C’est Dieu qui rend témoignage et qui révèle Jésus comme son Fils. Saint Jean y revient dans sa première lettre dont nous avons fait lecture. « Nous acceptions bien le témoignage des hommes ; or, le témoignage de Dieu a plus de valeur. » Mais il dit en même temps que ce témoignage n’est accessible qu’à celui qui a la foi. C’est curieux : d’une part il n’y a pas de foi sans signes ou sans témoignages, mais d’autre part ce n’est que la foi qui ouvre les yeux et nous fait comprendre ces signes et témoignages. C’est ce qui constitue le mystère de la foi. La foi, on ne peut la rationaliser.

Ce mystère de la foi a été au cœur de la vie et de la mission du pape Benoît. Depuis le début, déjà en tant que jeune théologien, il était passionné par la question de la foi. Une foi qui ne s’oppose pas à la raison, mais qui en même temps ne se confond pas avec elle. Il était conscient de la nécessité et de l’importance du renouveau et de la réforme de l’Eglise. C’est de tout cœur et avec beaucoup de compétence qu’il a participé en tant qu’expert au Concile Vatican II. Et comme le Concile, il savait lui aussi que cette réforme devait se concrétiser au niveau des structures de l’Eglise. Mais voilà ce qui est resté sa profonde conviction : à quoi servent ces réformes de structures si elles ne visent pas un renouveau de la foi. Et notamment la foi en Dieu. Quand on voit la situation actuelle et quand on envisage l’avenir de l’Eglise, c’est là la vraie question et la question décisive : la possibilité de la foi et de sa pertinence dans la société. On dit que le Pape Benoît a été surtout un théologien. Mais n’oublions pas que cette question de Dieu et de la vérité, question théologique qu’il a toujours essayé de faire entendre, est loin d’être une question sans pertinence pastorale.

« Collaborateur de la vérité ». Telle a été sa devise épiscopale. Cette vérité n’est pas la vérité d’une idée. Dieu n’est pas une idée ni la foi une idéologie. Dans son encyclique Deus Caritas est, il écrit : « A l’origine de notre foi il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne ». Ce n’est pas une idée mais cette rencontre qui donne à la foi son orientation décisive. On ne s’étonnera donc pas que cette première encyclique ne traite pas de la foi mais de l’amour et de Dieu qui est amour. Il n’y a de la vérité que dans l’amour. Comme le dit le psaume : « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent » (Ps. 84,11).

Le Pape Benoît était un homme aimable, discret, délicat et très cultivé. « Personnalité si noble et si douce », comme l’a dit le pape François. Lorsqu’il était étudiant en théologie et jeune professeur, l’Eglise connaissait un temps de grâce et d’espérance. Plusieurs années déjà avant le Concile le mouvement liturgique, la redécouverte et la meilleure compréhension de l’Ecriture et des Pères de l’Eglise avaient accompli un vrai travail innovateur. Il s’est engagé pleinement pour cette nouvelle théologie et il y est resté fidèle. Mais après le Concile, un désir de renouveau et de changement est apparu dans la société. Ici aussi la fin d’une époque s’annonçait. Pour lui, la grande question était de savoir comment le renouveau du Concile pouvait aller de pair avec celui de la société. Cette question subsiste encore pour nous aujourd’hui.

Il ne s’agissait en effet pas seulement de quelques changements. Nous ne vivons pas une époque de changements mais un changement d’époque. Une société dans laquelle la foi en Dieu ne va plus de soi ; où la foi peut signifier quelque chose pour la vie privée du citoyen mais serait insignifiante pour le monde et la vie en société. Il a senti et reconnu cela avec beaucoup de lucidité et il en a souffert car ici aussi cela concernait la vérité. Et de nouveau non pas une vérité théorique mais la vérité qui est Dieu lui-même. Il a bien sûr répondu à sa manière à cette question, en fonction de son histoire et de sa sensibilité. Tout le monde ne partagera pas ses réponses. Qu’il nous ait confronté à cette question cruciale et qu’il l’ait traitée avec tant de profondeur, reste un héritage pour lequel nous devons être reconnaissants, héritage que nous avons aussi à entretenir.

Chers amis, je sais que chaque comparaison est boiteuse. Mais la personnalité du Pape Benoît me fait penser à celle de saint Augustin. Il a d’ailleurs fait son doctorat sur la théologie de ce grand Père de l’Eglise. Benoît XVI lui aussi a été un grand théologien qui malgré tous les soucis pastoraux trouvait le temps de prendre la parole et d’écrire. Et qui a été en même temps, comme Augustin, un homme très spirituel, un homme de Dieu. La démission du Pape Benoît a été un acte de lucidité mais en même temps une grande leçon d’humilité pour toute l’Eglise. Pendant presque dix ans, il a mené une vie en retrait, une vie de prière pour le bien de l’Eglise et le salut du monde. Dans le plus grand respect pour son successeur le Pape François et de plus en plus en profonde communion avec lui.

Rendons grâce à Dieu pour tout ce qu’Il nous a donné en la personne et la mission de son serviteur, qui, à son élection comme pasteur universel de l’Eglise, s’est présenté comme « humble ouvrier dans la vigne du Seigneur ». Prions pour lui. C’est ce qu’il nous a demandé lui-même à la fin de son testament : « Priez pour moi, afin que le Seigneur, malgré tous mes péchés et mes insuffisances, me reçoive dans les demeures éternelles. » Que le Seigneur lui montre maintenant la clarté de son visage et la vérité de son amour.

+ Jozef Cardinal De Kesel, 06.01.2023

Archevêque de Malines-Bruxelles


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Crédits photos & textes : archevêché de Malines-Bruxelles, Geert De Kerpel ©