Carmel de St-Gilles | Inauguration de l’église par mgr Terlinden

Carmel de St-Gilles | Inauguration de l’église par mgr Terlinden

Le jeudi 14 décembre 2023, la communauté du Carmel St-Joseph à St-Gilles avait convié ses amis pour célébrer la réouverture de l’église après travaux.

 

Une cérémonie empreinte de solennité devant une assemblée priante

Mgr Luc Terlinden célébrait en compagnie de mgr Hudsyn, évêque du Brabant-Wallon, et, seize autres prêtres participaient à l’eucharistie. Dans une église comble, nef, jubé et allée latérale remplis, se pressaient une foule de sympathisants, d’anciens paroissiens et d’amis de longue date des carmélites. La date n’avait pas été choisie par hasard car c’est la fête de Saint Jean de la Croix, le compagnon dans la foi de Ste Thérèse d’Avila.

La prieure, sœur Christiane Meres, a débuté la cérémonie en reprenant par le détail l’historique du couvent et celui des travaux. Les carmélites se sont établies à Bruxelles par une première communauté fondée en 1607 aux alors Pays-Bas Espagnols. Elle a déménagé plusieurs fois dans la ville avant de quitter le quartier du Palais Royal pour s’établir à Saint-Gilles en 1892. De cette date à 1895, l’ensemble originel comprenant l’église et ses bâtiments conventuels a été construit.

Cette célébration de consécration de l’autel est assez peu commune : elle se déroule en plusieurs étapes :

Le rituel unique de la dédicace est toujours présidé par un évêque entouré des prêtres auxquels est confié le ministère pastoral en présence de la communauté chrétienne.

Après l’entrée, l’aspersion du tabernacle et de l’assemblée marquaient le début de la célébration elle-même. Après une courte prière introductive par mgr Terlinden, l’assemblée a entamé la litanie des saints. Ensuite les reliques de Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus (Lisieux), de ses parents Louis et Zélie Martin, et de Ste-Elisabeth de la Trinité ont été installées des mains de l’archevêque dans l’autel dont la pierre sera scellée. Mgr Terlinden a alors lu la prière de dédicace. Le rite de la dédicace se poursuivit par l’onction du Saint Chrême. L’archevêque répand d’abord l’huile sainte en son milieu puis aux quatre angles ; il fut suivi de l’embrasement de cinq brûle-parfums sur lequel mgr Terlinden a répandu de l’encens. Une fois essuyé, l’autel a été paré par deux carmélites pour devenir la table de l’eucharistie, enfin prêt pour la communion.

Dans son homélie, mgr Terlinden nous partageait combien l’autel figurait le Christ. Il est le signe de l’Amour et de la Charité (« Tu as du prix à mes yeux »), de la Joie, de la Paix, de l’unité pour l’Eglise. C’est le lieu par essence pour l’action de grâce et la louange : sa présence est l’invitation à la table du festin pour un sacrifice de louange sans fin. La prière de dédicace nous invite à déposer nos peines et soucis pour jouir de la joie céleste.

L’histoire à rebondissements de l’église

Les Carmélites possèdent par ailleurs 3 autres communautés encore actives en Wallonie. En 2019, le Carmel de Court-Saint-Etienne a été fermé. Le Carmel d’Argenteuil dans le Brabant-Wallon, comporte 15 dont 1 rwandaise et 2 françaises, le reste étant de nationalité belge. Dans le diocèse de Namur, les religieuses du carmel de Floreffe, toutes âgées, sont désormais en maison de repos chez les Soeurs de la Charité à Namur avec d’autres religieuses. A côté de Mons, se trouve enfin le carmel de Boussu où les 7 sœurs cambodgiennes ont cédé la place à une dizaine de jeunes sœurs vietnamiennes. Enfin, le Carmel St-Joseph réunit 12 sœurs professes et une novice avec à leur tête sœur Christiane Meres, luxembourgeoise. Ce couvent a  également des religieuses belges, une vietnamienne et une rwandaise, toutes issues de 7 communautés différentes, ce qui pimente la vie au quotidien.

En 1962, le cardinal Suenens prit la décision de retirer l’église aux carmélites pour l’établir en paroisse ; celle-ci devint alors l’église St-Bernard pour desservir le haut de St-Gilles qui n’avait aucun clocher en propre. Les carmélites désemparées durent réorganiser leur couvent en achetant deux petites maisons rue de Lausanne. En 1965, après les avoir faites rasées, elles firent bâtir un couvent moderne pour une quinzaine de sœurs avec sa chapelle et 8 studios permettant un apport locatif. 

Pendant 50 ans, la paroisse St-Bernard déploie ses activités et son charisme grâce à la vitalité de riverains investis. Le premier curé est l’abbé Robert Grevesse jusqu’en 1977, auquel succède l’abbé Robert Dresse jusqu’en 1997. Le second père Robert est un missionnaire revenu en Europe pour raisons de santé. C’est un homme jovial et très humble fait un excellent binôme avec sœur Laetitia, sœur de la Charité de Gand, qui elle se dévoue pour la catéchèse. La paroisse rayonne et attire. De multiples activités sont proposées en sus des célébrations : brasiers lors de la Semaine Sainte sur le parvis, barbecues et brocantes à la belle saison, sorties familiales avec les enfants, cadeaux pour l’Entraide de St-Gilles, temps d’adoration, veillées de Noël et concerts y compris aux chandelles. 

Après le départ en 1997 de l’abbé Robert Dresse, la paroisse St-Bernard a rejoint les autres paroisses de la Commune de Saint-Gilles pour faire désormais partie de « l’Unité pastorale St-Gilles« , avec les paroisses de Ste-Alène, Jésus-Travailleur, St-Gilles et St-Antoine de Padoue : c’était la volonté de l’évêque auxiliaire de Bruxelles de l’époque, Mgr Jozef De Kesel qui a lancé et développé à Bruxelles le regroupement de paroisses en Unités pastorales.

Comme dans la plupart des Unités pastorales, une équipe de prêtres et laïcs a été nommée, et ensemble ils sont servi l’UP St-Gilles dont la paroisse St-Bernard, qui en faisait partie. Tous les dimanches, les prêtres de l’UP venaient y célébrer l’eucharistie comme dans les autres clochers.

La paroisse Saint-Bernard a participé à la rencontre européenne de Taizé à Bruxelles fin 2008 : les paroissiens de Saint-Bernard se sont mobilisés accueillant une centaine de jeunes venus d’Europe centrale. Elle a continué de se développer autour de familles habitant le quartier, et créant de liens de fraternité et de solidarité. Citons l’accueil d’une dizaine de  « Sans Papiers »  (sud-américains et marocains) pendant 2,5 années en 2010. Par ailleurs, chaque mois un repas réunissant des paroissiens engagés pour organiser la vis de cette paroisse. Et en fin de messe, les gens aimaient à rester pour échanger entre eux et se donner des nouvelles, notamment lors de drink mensuel.

En  2018, la décision a été prise par le Vicariat de Bruxelles de dissoudre cette paroisse et de remettre ce lieu de culte aux Carmélites. Juste retour des choses, quand on sait la souffrance des religieuses lorsque cette chapelle leur a été arrachée par l’archidiocèse en 1962. 

Certes, dans cette période paroissiale, le bâtiment a souffert du temps, la fabrique d’église n’ayant aucune ressource propre et dépendant entièrement des subsides publics. Mais l’engagement des paroissiens généreux de Saint-Bernard a permis de continuer à faire vivre cette communauté de 1997 à 2018. Par la suite, abandonnée par l’Unité pastorale et par le Vicariat de Bruxelles, la communauté paroissiale de Saint-Bernard a organisé de sa propre initiative des rassemblements, que ce soit avec eucharistie quand elle trouvait un prêtre, soit occasionnellement un temps prière, et cela jusqu’à ce que la porte de l’église leur soit définitivement fermée début 2019.

 

Les carmélites réouvrent leur église sur le quartier

Au total, une réalisation épurée, incluant discrètement un degré de modernité (chauffage au sol de la partie du chœur, système d’éclairage modulable, thermostat,…) met en valeur les élégantes croisées d’ogives du plafond. Les stalles et le reste du mobilier a été créé par Quentin De Moyer de DG Architects.

Sœur Christiane partage son enthousiasme à ce que la nouvelle église St-Joseph (nouvelle dénomination de St-Bernard) devienne un lieu de rayonnement spirituel pour le quartier et la ville : Cet espace de paix est une invitation à se recentrer, se ressourcer et expérimenter la transcendance et le fait de se savoir protégé.

Concrètement, l’église ouvre ses portes de 6h45 à 19h et permet d’accéder tout au long de la semaine aux offices des heures :

  • 6h45 Les Laudes
  • 7h30 La messe
  • 11h40 L’office du milieu du jour
  • 18h15 Les Vêpres

Le dimanche, les Laudes sont à 7h et la messe à 9h.

De quoi expérimenter un peu de la vie contemplative de la dernière communauté de ce type à Bruxelles, qui elle y consacre 5h par jour. Rendez-vous rue de la Source 83A à Saint-Gilles. 

Merci à sœur Christiane, à Denis Dayez et au doyen Eric Vancrayenest

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Visiter le site du bureau d’architecte DG Architects ici.

Aller sur le site du Carmel St-Joseph ici.

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Concomitamment, ce 14 décembre marquait la reconnaissance d’Anne de Jésus comme bienheureuse, ouvrant la possibilité d’un procès en béatification. Cette ancienne supérieure du couvent de Bruxelles a été à l’origine d’un miracle qui vient d’être reconnu.

Plus d’infos sur le site de Vatican News ici.

Extrait ci-dessous :

« Bien plus ancienne est l’histoire d’Anne de Jésus, carmélite déchaussée espagnole née en 1545, qui entra en 1570 au monastère d’Ávila, où elle reçut l’enseignement de sainte Thérèse de Jésus elle-même. Avec elle, elle se rendit peu après à Salamanque et rencontra en 1570 saint Jean de la Croix, qui lui dédia le commentaire du Cantique spirituel. Plus tard, elle fonda de nouveaux monastères en Espagne, ainsi qu’en France et en Belgique. C’est au monastère de Bruxelles, qu’elle dirigea pendant 14 ans, qu’elle mourut en 1621, à l’âge de 75 ans. Le miracle attribué à son intercession concerne une jeune carmélite, sœur Jeanne du Saint-Esprit, qui l’a rencontrée au monastère de Bruxelles. Le 24 avril 1613, sœur Jeanne est prise d’une forte fièvre pendant une dizaine de jours et présente de premiers symptômes de paralysie des membres inférieurs. La maladie s’aggrave et, à la fin de l’année 1619, la religieuse devient complètement paralysée des jambes et reste alitée, privée de soins par les médecins car considérée comme incurable. Le 4 mars 1621, quatre heures après la mort d’Anne de Jésus, sœur Jeanne demande aux sœurs d’être amenées devant son corps. Alors qu’elle tente d’embrasser le corps avec l’aide de deux sœurs, sœur Jeanne est prise d’un tremblement soudain. Les sœurs, croyant qu’elle était tombée malade, la placèrent dans le landau dans lequel elles l’avaient portée, mais sœur Jeanne déclara aussitôt qu’elle se sentait guérie. Elle a commencé à marcher et s’est agenouillée devant le corps de la Vénérable Servante de Dieu et ce jour-là, elle a repris la marche et les activités de la vie quotidienne et communautaire normalement. Il ressort des témoignages que la Vénérable Servante de Dieu Anne de Jésus était très peinée de la maladie de sœur Jeanne du Saint-Esprit et, quelques jours avant sa mort, elle a exprimé l’intention d’intercéder, après sa mort, pour son rétablissement. »