Cathobel | Portrait de Charles De Clercq

 

 

Charles De Clercq – Touché par le doigt de Dieu

Officier de police judiciaire et athée convaincu, rien ne prédestinait Charles De Clercq à devenir prêtre. C’est pourtant le choix raisonné qu’a posé cet homme au parcours exceptionnel.

Fils d’agriculteurs, Charles De Clercq a vu le jour dans le Tournaisis en 1952. Baptisé enfant, il n’a pas poursuivi son parcours de foi, mais il est toutefois confirmé: « Le curé de la paroisse a accepté de me confirmer contre un don de vingt kilos de beurre de ferme. Je suis entré dans l’adolescence en étant confirmé mais pas du tout croyant, pas confirmé dans ma foi en tout cas ». Durant sa formation d’enseignant à l’Ecole Normale de Braine-le-Comte, Charles rencontre des problèmes familiaux et se trouve placé comme mineur en danger chez un prêtre de la région du Borinage. « A l’époque, je ne comprenais pas comment on pouvait croire aux récits bibliques. » Ne trouvant pas d’emploi dans l’enseignement, il rejoint une section financière de la police judiciaire. Lors d’une opération de police à Arlon, son chef l’entraîne dans l’église Saint-Donat où ses parents s’étaient mariés. « Je me suis dit: il m’emmerde avec ses histoires de curé. Je suis entré dans l’église et je me suis posé des questions sur le sens de ma vie. C’est quoi, Charles, ta vie: bien boire, bien manger, bien baiser? N’y-a-t-il pas autre chose? Des amis catholiques me disent que j’ai été touché par le doigt de Dieu. »

D’athée convaincu à la vocation de prêtre

Pour son travail d’enquête, Charles De Clercq était en contact avec un prêtre qui accompagnait des jeunes délinquants. Dans sa bibliothèque, il découvre un article de la revue théologique de Louvain sur la « théologie du process« . Cette philosophie d’inspiration protestante est une nouvelle révélation qui lui permet de se détourner définitivement de l’athéisme radical qu’il prônait jusqu’alors. La prêtrise s’est présentée comme une évidence: « Je sentais que j’étais poussé par quelque chose d’absolu. Quelques mois plus tard, il frappe à la porte du séminaire de Bruxelles. « Ma formation au séminaire m’a épanoui, j’ai découvert les Evangiles et fait l’apprentissage d’une liturgie postconciliaire. Je sentais que les Ecritures donnaient une clé de lecture du monde contemporain. »
Il dit s’être senti très tôt comme un prêtre ouvert, moderne et découvrant l’importance du corps dans la liturgie. Porter une chasuble lors des offices me permettait de correspondre pour certains à l’image qu’ils avaient du prêtre, en même temps que ma parole pouvait apporter un regard neuf, ouvert sur les Ecritures. » Pourtant, au quotidien, Charles ne porte aucun signe, aucun habit: « Je n’ai pas besoin d’une identité visuelle ou d’une carte de visite. Je vis dans mon quartier, les gens savent que je suis prêtre. » Ce prêtre, à certains égards atypique, ose bousculer la tradition: « Certains aiment mes prédications mais d’autres les détestent. J’ai toujours tenu à ne pas faire de morale, ne pas dire aux gens ce qu’ils doivent penser ou croire mais ouvrir les Ecritures et aller sur les parvis pour annoncer la Parole qui donne un sens à la vie, sans nécessairement adhérer à tout le corpus dogmatique de l’Eglise. »

Les attentats de Bruxelles

Le 22 mars 2016, Charles De Clercq est dans le métro quand, à l’arrêt Maelbeek, un bruit sourd retentit. L’atmosphère est enfumée et des éclats de verre recouvrent tout. Le conducteur du métro le guide, lui et d’autres passagers, vers une sortie. « A ce moment-là, l’instinct de survie est tel qu’on écraserait les gens. C’était vraiment la confusion, on ne voyait pas clair. A la sortie, j’aperçois des corps. Je rentre chez moi, j’ai mal à la tête. » Quelques heures plus tard, Charles raconte son expérience douloureuse à des journalistes. Il témoigne également au micro de Frédérique Petit dans une émission spéciale sur RCF Bruxelles. « Je voulais faire cette émission, envers et contre tout. Le contrecoup est venu par après. » Longtemps, il a éprouvé ce que les psychologues nomment la culpabilité du survivant: « Non seulement je n’ai pas pu aider les gens, mais je suis indemne. Pourquoi moi? Je n’avais que des blessures psychologiques qui, pour les gens, ne comptent pas. Vous sentez que vous n’avez pas le droit d’en parler. Aujourd’hui, je vis avec ce traumatisme. » Dans une interview accordée à BX1, Charles De Clercq était revenu sur ces événements tragiques en illustrant son ressenti par une image forte: séminariste, il avait récupéré chez un prêtre une lampe cassée; « J’ai toujours cette lampe qui a été recollée, elle est pleine de fêlures mais fonctionne toujours. C’est ça, l’humain que je suis devenu: un humain avec des fêlures, mais qui fonctionne toujours« .

Cinéphile et cinéphage

Passionné de cinéma, Charles De Clercq possède une collection privée de plus de 8.500 films. En 2011, un journaliste de RCF lui propose de partager cette passion en radio. Cela aboutit à des émissions hebdomadaires de différents formats: un quart d’heure, une demi-heure ou une heure. Pour se préparer, Charles consacre entre quinze et vingt-cinq heures par semaine à visionner les sorties cinéma. « Au départ, je n’ai pas dit aux confrères et consœurs de la presse que je travaillais pour RCF et encore moins que j’étais prêtre. J’ai attendu qu’ils voient que j’étais compétent. » De nombreux critiques cinéma ont ensuite participé aux émissions sur RCF. « Ils trouvaient un espace de parole pour évoquer leur passion, ce qui ne leur est pas toujours donné dans leur propre média. » Ses critiques, Charles les partage également sur le site cinecure.be et pour quelques semaines encore en radio puisqu’à la fin de la saison, il entamera sa retraite avec le sentiment du devoir accompli.

Manu VAN LIER

Un entretien à retrouver sur 1RCF dans l’émission « Pleins Feux » du 13 juin, disponible en podcast sur rcf.be et cathobel.be.

Article paru dans le journal Dimanche n°25 du 26 juin 2022

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DE MULTIPLES CASQUETTES
Ordonné le 8 mai 1986, Charles De Clercq est prêtre dans l’Unité pastorale Meiser (archidiocèse de Malines-Bruxelles).
Membre de l’équipe communication du vicariat de Bruxelles, il a participé au développement de la communication du vicariat, notamment sur Internet.
Journaliste et critique cinéma, de 2011 à ce jour, pour RCF Bruxelles: « Les 4 sans coups », « Les conseils ciné et télé ».
Responsable du site cinecure.be.