Echo : « Foi et religion dans une société sécularisée » par le cardinal De Kesel

Echo : « Foi et religion dans une société sécularisée » par le cardinal De Kesel

 

Compte-rendu de la rencontre des équipes pastorales et des maisons d’enseignement biblique avec le Cardinal Joseph De Kesel au vicariat de Bruxelles le jeudi 30 mai

 

La base de la soirée de discussion était le livre que le Cardinal De Kesel a écrit en 2021 « Foi et religion dans une société séculière ».

Malgré les embouteillages ce soir-là, nous avons vu un cardinal détendu, inspiré et encourageant qui a parfois abordé le sujet sérieux par des exemples avec une touche d’humour. Il ne s’agissait pas d’un simple compte-rendu du livre, mais le cardinal y a ajouté quelques touches personnelles.

Le constat d’un changement

Le point de départ avec lequel il a abordé son sujet était double : d’une part, il y a le temps qui change (et non le temps du changement) et, d’autre part, la question « en quoi consiste ce changement ». On pointe souvent du doigt la richesse ou la télévision ; ici, le cardinal pointe plutôt du doigt la culture séculière comme cause. Tout cela doit également être considéré dans le contexte de la diminution du nombre de croyants et de pratiquants, de la culture pluraliste d’aujourd’hui (comment annoncer l’évangile dans ce contexte ?) et des abus dans l’église qui ont grandement affecté sa crédibilité. Ce soir-là, il insistera à plusieurs reprises sur la nécessité d’une église humble.

Qu’est-ce qui a réellement changé ?

Cette évolution d’une société changée a commencé au 16ème siècle, selon le cardinal, et non pas avec Vatican II comme beaucoup le pensent. Auparavant, il s’agissait d’une religion culturelle telle que nous la connaissons encore aujourd’hui dans certains pays musulmans comme l’Afghanistan. L’Église et l’État coïncident ici. Dans une culture laïque, la religion est toujours présente, mais elle n’est plus la religion culturelle qu’elle était. À l’époque, la religion déterminait la société. Si cette position était confortable, elle n’était pas sans danger, car elle rendait possible l’abus de drogues. Le cardinal exprime donc également sa préférence pour une culture laïque et nous devrions pouvoir l’accepter. Cette situation pose évidemment des problèmes en raison de la tendance, dans l’espace public, à dire que la religion n’est pas importante et qui veut se référer à l’espace privé. Le cardinal estime que cette attitude est erronée. La religion a toujours à voir avec la société, et le chrétien est toujours un citoyen responsable. Dans Gaudium et Spes, on peut lire que l’Église est profondément liée au destin de l’homme.
La relation entre l’Église et le monde a changé. Là où l’Église et le monde coïncidaient autrefois, ce n’est plus le cas. L’Église n’est pas d’abord une structure, mais le peuple de Dieu.

L’église, signe de l’amour de Dieu pour les hommes

L’Église est un sacrement (en référence à la Journée des sacrements), un signe de l’amour de Dieu pour les hommes. Le signe ultime est le Christ. Dieu aime le monde, même ceux qui ne le connaissent pas. L’Église existait avant la venue du Christ. Dieu avait rassemblé et appelé son peuple à vivre parmi d’autres peuples. Le peuple juif a vécu dans la diaspora la plupart du temps.
L’évangélisation est différente de la christianisation. L’évangélisation ne consiste pas à étendre le territoire (christianisation), mais à témoigner de l’Évangile, à le faire connaître avec beaucoup de douceur, de tact et de respect. Le pape François, par exemple, affirme que le problème n’est pas que nous soyons moins nombreux, mais que nous n’aurions plus rien à signifier ; par ce que vous faites, vous pouvez être un signe pour ce monde ; il faut évidemment être présent dans suffisamment d’endroits et vivre à travers des communautés concrètes, estime le cardinal.

L’église instrument de Dieu

L’église est là en tant qu’instrument de Dieu. Dans l’avant-dernière partie de son discours, le cardinal fait référence à deux figures importantes pour lui. Tout d’abord Christian de Chergé de la communauté de Tihbirine. Ces moines ont témoigné de l’amour de Dieu par leur mode de vie fait de travail, de prière et de proximité avec la communauté locale. Ils ont vécu parmi les musulmans, se sont fait des amis et ont choisi de rester lorsqu’ils ont été informés du danger que représentaient les insurgés. En partant, ils auraient perdu leur lien avec la communauté.
La deuxième figure est celle de Charles de Foucauld. C’est un personnage particulier : chercheur, après avoir mené une vie de débauche, il s’est converti, est parti en Palestine, puis dans l’Atlas où il a vécu parmi les Touaregs. Il voulait être le plus petit. Il a vécu à l’époque coloniale française et a d’abord voulu rendre les gens meilleurs, les rendre différents, mais il a vu que l’évangile ne peut être transmis qu’en partageant la vie des gens sur le terrain. Il a même appris la langue des Touaregs pour mieux les comprendre.

Conclusion du cardinal

Interrogé sur l’efficacité du pastoralisme, le cardinal a rappelé que Charles De Foucauld avait abandonné cette question. Là où l’évangélisation était considérée comme une expansion du territoire, nous devons la considérer comme une mission, comme à la Pentecôte. Dieu agit dans le monde et nous sommes les témoins de son action.
Son exposé passionnant a été suivi d’une courte pause, puis d’un nouvel échange de vues d’une quinzaine de minutes.

Myriam Grootaert

Paroissienne de la PE Emmaüs (Paloké)

Traduction Anne Périer