Enseignement | Pose de la première pierre pour Egied Van Broeckhoven

 

Pose de la première pierre symbolique pour le chantier de la nouvelle école jésuite néerlandophone à Molenbeek Egied van Broeckhoven

En ce mercredi après-midi 31 août 2022, en compagnie d’une brochette impressionnante de ministres, Eddy Van De Velde, dirigeant de l’asbl VZW Ignatius scholen in Beweging, a symboliquement procédé à la mise en place d’une plaque officielle de lancement du chantier. A ses côtés, se trouvaient Sven Gatz, Pascal Smet, Ben Weyts et Benjamin Dalle.

L’ambitieux projet propose d’offrir les 3 orientations possibles : non seulement général mais aussi technique et professionnel sous le même toit, en accord avec les principes d’éducation ignatiens. Les défis d’un tel chantier rare à l’échelle bruxelloise, se mesure non seulement par le chemin déjà parcouru depuis son lancement mais aussi par celui qui reste encore à faire avec notamment une levée de fonds substantielle à réunir et les élèves à séduire. L’enthousiasme de l’équipe qui a patiemment travaillé depuis 5 ans dans l’ombre, était palpable et malgré les difficultés conjoncturelles de la construction actuellement (coût et pénurie des matériaux et difficulté à recruter du personnel formé) et le public venu y assister, visiblement était au diapason.

Parmi les invités, figurait un ami jésuite d’Egied Van Broeckhoven qui témoignait de son engagement et de son combat social auprès des travailleurs notamment ceux de Cureghem ; le prêtre engagé se doublait également d’un mystique dont l’empreinte a marqué son temps ; c’est en tout cas une personnalité riche à l’aune de l’ambition de ce projet d’éducation qui se tourne résolument vers les autres et les réalités d’aujourd’hui.

Soutenir le projet par un don financier via la Fondation Roi Baudouin.

Consulter le site de la future école.

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En savoir plus sur la figure d’Egied Van Broeckhoven

Prêtre-ouvrier et mystique

Egied Van Broeckhoven sj, 34 ans, est décédé le 28 décembre 1967 dans l’usine où il travaillait comme prêtre-ouvrier. Quelle voix a-t-il faire entendre, quel chemin a-t-il emprunté ?

Egied, « Gied » ainsi qu’on le surnomme, est né à Anvers en 1933. Sa mère est morte alors qu’il n’avait que quelques jours. Combien cela a-t-il pu marqué l’enfant qu’il était ? Un chagrin profondément enfoui, à jamais tu, qui est peut-être à l’origine de son regard parfois mélancolique, et certainement de sa compassion naturelle vis à vis de la souffrance humaine. Gied a toujours été très reconnaissant de l’amour de ses parents adoptifs, qui ont respecté son attachement à sa mère décédée.

À partir de 1958, il tient un « journal spirituel » dans lequel il consigne ce qu’il appelle ses « intuitions, désirs et expériences ». C’est le récit de sa vie quotidienne, frappant de profondeur et de simplicité, dans une langue qui rappelle un diamant brut.

En ce qui concerne la période précédant son entrée chez les Jésuites en 1950, nous ne trouvons qu’une seule référence :  » J’avais une nostalgie pure et réelle pour Dieu. Je me suis comme j’en avais l’habitude perdu en Dieu, un Dieu mystérieusement attirant auquel on peut tout sacrifier. C’était la prière des soirées dans le bois de Schilde, de mes désirs les plus profonds au collège. « 

Cet, élan est ce qui nourrit sa recherche passionnée et ininterrompue de Dieu. Gied considère même l’idée de devenir chartreux : « Dieu m’a attiré à Lui dans ma prière d’une manière unique. Bien sûr, cela m’a fait songer à épouser la vie de chartreux : je sentais que j’y serais tellement heureux, y trouvant tout.

Mais lorsqu’il est ordonné prêtre en 1964, son orientation de vie ultérieure est claire : « Dieu m’a fait comprendre que mon désir de vivre totalement pour Lui ne doit pas se réaliser dans la solitude et le détachement d’une chartreuse, mais en allant vers ceux qui vivent le plus loin de Dieu, ce qui est pour moi le milieu contemplatif que Dieu semble m’indiquer. »

En 1965, avec deux autres frères, il s’installe dans un quartier ouvrier pauvre – également un quartier de migrants – à Anderlecht (Cureghem), dans les environs de la Gare du Midi. Ce sont des années bénies. Par la boîte aux lettres de l’ancienne boutique, les enfants les épient malicieusement avec de grands yeux surpris. C’était aussi l’époque des vraies amitiés que ce soit dans le quartier ou au travail. Il y a eu la découverte de l’environnement de travail et l’enthousiasme de tout ce qui est nouveau : « Même si je pouvais choisir entre le buisson ardent (Exode 3) et Bruxelles, je choisirais Bruxelles. »

Mais cette réalité est également âpre. Dans son journal, les sentiments de gratitude alternent avec la pesanteur de la vie professionnelle à l’usine. Il y partage la vie de ses camarades, leurs besoins, leur travail, les périodes de chômage, la recherche d’un meilleur foyer, la brutalité du travail, les dangers et leur mort.

« 20 hommes ont été licenciés et moi aussi ». J’ai été content de ne pas faire d’exception. J’ai dit au revoir à tout le monde. Gied retrouve alors du travail dans une grande usine sidérurgique. Mais les conditions de travail y sont également très dangereuses : « Deux graves accidents quasi mortels. Un accident au moins tous les quinze jours !

Nous sommes en octobre 1967. Dans le journal, quelque chose comme une vague prémonition de ce qui va arriver, figure : « Si je reste ici plus longtemps, tôt ou tard, cela pourrait me coûter la vie », a-t-il avoué un jour. Mais il décide néanmoins de rester : « Je ne veux pas être traité différemment de mes camarades. »

Le 28 décembre 1967, avec Georges, son compagnon de travail de ces derniers mois, il avait été chargé d’empiler des feuilles de métal de six mètres sur un mètre et demi. À ce moment-là, l’un des étais s’est brisé et l’ensemble de la pile, pesant plusieurs tonnes, s’est effondrée. Gied est mort sur le coup. Il est mort les bras grands ouverts au-dessus des feuilles. Il venait d’avoir 34 ans. C’était aussi l’anniversaire de la mort de sa maman…

« Voici le chemin, suis-le, où qu’il te mène ». Lui-même ne pouvait que « dépenser » sa vie, par sa mort il l’a aussi « donnée ».

En 1970, le journal d’Egied a été publié. Une anthologie de ce journal a été publiée en 2007.

Source : https://www.jezuieten.org/person/egied-van-broeckhoven-sj/

Traduction Anne Périer