Fête du Christ-Roi | Commentaire d’évangile

 

Première lecture Ez 34, 11-12.15-17

Psaume Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6

Deuxième lecture 1 Co 15, 20-26.28

Evangile Mt 25,31-46  Le « Jugement dernier »

 

Commentaire d’évangile de l’abbé Deduytschaever

Dernier « enseignement » de Jésus, qui peut être rapproché du premier, les Béatitudes, dans la construction de l’évangile selon saint Matthieu : l’un comme l’autre est dit aux disciples et rejoint la vie de chaque jour, avec ceux qui accueillent le Royaume et ceux qui agissent en son esprit et qui y sont accueillis.

 

« Le Fils de l’homme » ‘vient’ (31) dans le rôle que lui assigne la tradition juive, à la suite du livre de Daniel (7,13-14) : celui de juge divin. Il vient « dans sa gloire » (31), dans son rayonnement. Cette gloire n’est évidemment pas la gloire humaine, le clinquant, le majestueux : nous sommes ici dans le registre de Dieu, souligné par « tous les anges ». Cette gloire, comme le révèle Jésus, est en fait le rayonnement d’amour de Dieu. Le « trône de sa gloire » annonce alors  à la fois l’importance du jugement qui suit et dans quelle lumière il se fait.

Le ‘Fils de l’homme’ sera qualifié de ‘roi’ et ‘Seigneur’ dans les versets suivants (34.37.40.44).

On peut remarquer en outre que le premier verbe de ce passage, « venir », n’est pas au futur (mais à l’aoriste, un passé), contrairement aux suivants. Il est introduit par la conjonction otan, qui signifie « quand », avec la nuance fréquente de « aussi souvent que ». Cela ne fait-il pas pressentir la révélation des versets suivants : il est venu ?

 

La séparation des moutons et des chèvres était déjà une image de jugement  présente chez le prophète Ezéchiel (34,17). (A noter, à ce propos, que la traduction française « brebis » n’est traditionnelle qu’en Europe, où le terme « moutons » a pris une valeur péjorative depuis Rabelais et ses « moutons de Panurge » : le mot grec probata est un neutre pluriel.)

Les ‘bénis de mon Père’ (34) : eu-logéô ne se retrouve chez Mt que pour « Béni soit celui qui vient… » (22,9 ; 23,39) et pour la bénédiction des pains par Jésus (14,19 ; 26,26). Le terme ‘maudits’ (44)  ne revient nulle part ailleurs chez Mt.

Hériter du royaume (34) peut faire écho à l’une des béatitudes (5,5) ainsi qu’à hériter de la vie éternelle, selon une annonce du jugement par le Fils de l’homme sur le trône de sa gloire (19,28-29).

 

Il est remarquable que les bons comme les mauvais sont tous étonnés, dans ce récit (37-39 et 44) : on peut comprendre qu’aucun n’a perçu la présence de Dieu dans la relation aux petits (malgré l’avertissement que nous lisons ici). On pourrait aussi penser (avec Paul Ricœur, « Le socius et le prochain », sur les relations ‘longues’ et ‘courtes’) que des petits sont atteints à distance par nos actions, positivement ou négativement, sans que nous le percevions toujours, que ce soit de la part d’un fonctionnaire envers des administrés, que ce soit par nos achats ou nos pratiques bancaires…

Quatre fois d’ailleurs revient la question des justes (37.38.39) comme des autres (44) « Quand t’avons-nous vu ? », question à laquelle la réponse ne porte pas sur ‘voir’, mais sur ‘faire’ : « Vous avez fait » (deux fois au v.40, deux fois au v.45).

 

« Pour autant que vous l’avez fait à un des plus petits de mes frères, à moi vous l’avez fait », dit le roi (40) : ce « jugement » n’est pas une sorte de sanction extérieure, c’est la révélation de ce qui se vit en profondeur en nous, appelés à vivre en communion, en ‘fraternité’. La relation aux petits est la relation à Dieu lui-même ! Quand nous disons que ‘Dieu est amour’ (1Jn 4,8), nous affirmons d’ailleurs que Dieu est relation! Il est donc atteint, concerné, en direct par nos attitudes relationnelles : nos pensées, nos paroles, nos actions, nos omissions, tous nos choix.

La « venue » du Fils de l’homme est une révélation pour chacun, mais il n’y a qu’envers les ‘justes’ (37) qu’il est appelé ‘roi’, en participation au ‘royaume’ (34.40).

Le critère n’est pas celui d’une affirmation de foi mais celui du vécu. Ce que dit aussi la lettre de saint Jacques : « La foi sans les œuvres est une foi morte. » (2,17), ou Jésus lui-même : « Il ne suffit pas de me dire : ‘Seigneur, Seigneur’ ;  il faut faire la volonté de mon Père » (Mt 7,21) ; « Ce que vous avez fait à un des plus petits » (40.45).

Cette action est résumée dans le verbe ‘servir’, diaconéô (44), qui englobe ‘nourrir’ (35.37.42), ‘donner à boire’ (35.37.42), ‘réunir’ (35.38.43), ‘vêtir’ (36.38.43), ‘visiter’ (36.43), ‘venir auprès’ (36.39).

Le verbe diaconéô (utilisé dans les Actes des Apôtres pour la mission des ‘diacres’ de la communauté) décrit aussi dans l’évangile de Matthieu l’action envers Jésus des anges (4,11), de la belle-mère de Simon-Pierre (8,15), des femmes de son entourage (27,55). Mais Mt souligne également que le Fils de l’homme lui-même, ce juge divin, « n’est pas venu pour être servi, mais pour servir » (20,28).

Ainsi, dans le ‘service’, nous sommes appelés de façon multiple et unifiée à vivre de la vie même du Seigneur.

Abbé Christian Deduytschaever

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