Forum Riv’Espérance: un millier de personnes vers la transition

 

Ce week-end des 8 et 9 octobre, un petit millier de personnes s’est rassemblés pour vivre le Forum bisannuel RivEspérance, consacré aux enjeux de transition. La rencontre a aussi réuni une trentaine d’associations dont Caritas, Church4you, Entraide & Fraternité, Fondacio, Justice & Paix, le SeGEC, Sant’Egidio…

Les jeunes bruxellois de Chruch4You présents au forum.
© Anaïs Guérin

« Prendre un engagement pour la transition, ce n’est pas seulement écologique, mais c’est aussi social, culturel, spirituel, politique, économique, financier« , pose Frédéric Rottier, directeur du Centre Avec et l’un des organisateurs. « Avancer sur le chemin à plusieurs, cela a beaucoup plus de potentiel. Cela permet d’avoir un certain levier sur les décideurs ainsi qu’à d’autres niveaux: en entreprise, en politique communale… Une culture de la transition se travaille et se vit ensemble. Il est important de savoir décélérer, contempler et regarder. »

Le forum a été l’occasion de grandes interventions:

 © Vincent Delcorps et Anaïs Guérin

En voici le retour de Clotilde Nyssens:

« Etienne de Callataÿ, économiste bien connu en Belgique, a décrit les raisons économiques pour lesquelles il fallait bouger en insistant notamment sur les fortes inégalités crées par le système actuel . Comment agir ? Tout d’abord en prônant des valeurs : respecter, protéger, informer, éduquer, sensibiliser . Lutter contre le consumérisme, être des « cosomm’acteurs ». Une régulation publique forte s’impose au niveau national et international. La finance et l’économie peuvent être la pire ou la meilleure des choses. Agir avec des outils économiques, par exemple taxer la pollution (accises, taxes co 2, taxe au km, permis de polluer), viser une décroissance partielle (aviation, objets éléctroniques) .

Elena Lassida, sociologue, professeure à l »Institut catholique de Paris, avec beaucoup de finesse dit préférer la mot « métamorphose » au mot « transition ». Quand la chenille se transforme en papillon, il y a à la fois rupture et continuité. Elle suppose détermination, lâcher prise, ouverture à l’inattendu, acceptation de perdre quelque chose pour gagner autre chose. Elle implique une conversion telle que décrite dans Laudato Si: une démarche de sens , de type existentiel. Cette conversion suppose une communion avec tous les êtres vivants, gratuité et gratitude, créativité et joie .
Elena Lassida relate des expériences concrètes de paroisses parisiennes qui dans le cadre du programme « Eglises vertes » ont réalisé ceci :
– la gestion d’un compost communautaire sur le terrain autour de l’église , ouvert aux paroissiens et à tous les habitants du quartier;
– l’aménagement par les SDF du quartier, d’un jardin autour de l’église.
Ces deux projets ont créé tant de liens entre paroissiens et habitants du voisinage !

Rik Torfs, professeur de droit canon à Leuven, avec un humour décapant et un peu cynique comme il en l’habitude, a invité l’Eglise à ne pas garder le statut quo. Tout en rappelant qu’il aimait beaucoup l’Eglise, il déploré son attitude défensive à souhait. L’Eglise invite toujours à écouter, réfléchir et garder la communion entre tous … mais ne décide pas . Elle n’évolue pas alors que le monde change. Les mêmes sujets sont à l’ordre du jour depuis des années: il a rappelé qu’il a rédigé sa thèse de doctorat sur l’ordination des femmes en 1981… L’Eglise conclut souvent une réflexion en disant que ce n’est pas le moment de changer.
Rik Torfs a écrit un livre récemment intitulé « L’Eglise est fantastique », ce qui prouve qu’il y est attaché et qu’il estime ses qualités, dont celle de l’hospitalité .

Adelaïde Charlier, jeune étudiante , responsable belge du mouvement Youth for Climate a pris la parole en dernière avec beaucoup de fraîcheur et de simplicité . Elle a décrit son parcours . Elle dit être « tombée dans la transition ». Elle ne se bat pas pour des idées mais « avec un élan de vie avec les autres vivants ». Elle vit son engagement avec cohérence. Elle est par exemple devenue végétarienne. Son langage n’est pas culpabilisant. Elle a fort impressionné l’auditoire, du reste bien plus âgé qu’elle … ! »

 

Des ateliers-débats et des stands des associations présentes étaient également proposés au public.

© Anaïs Guérin

 

D’ici un mois, le forum compilera dans un manifeste ce qui s’est vécu durant les deux journées de rencontre. L’ensemble devrait être cosigné par les mouvements partenaires de l’organisation. Par ailleurs, le 24 octobre prochain, La Première (radio de la RTBF) diffusera une émission compte-rendu du forum.

 

© Texte: d’après Sophie DELHALLE et Angélique TASIAUX du Journal Dimanche

Vers le sommaire du Journal Dimanche de ce mercredi 13 octobre