Homélie de Mgr Kockerols pour le dimanche de la miséricorde

Homélie sur Jn 20, 19-31, dimanche 11 avril 2021

L’évangile de Thomas l’incrédule nous est bien connu : nous le recevons chaque année, au 2ème dimanche de Pâques. Il a pourtant toujours quelque chose à nous dire et, pourquoi pas, en ce temps marqué par le confinement et les célébrations en nombre très limité.

« Huit jours plus tard… Thomas était avec eux ». On remarque que les disciples ont très vite pris le rythme de se réunir de semaine en semaine, le jour de la Résurrection, ce que nous appellerons plus tard le dies dominicus, le dimanche, jour du Seigneur. Se réunir, se retrouver. Avec le Seigneur qui vient et qui se tient au milieu d’eux. Au milieu, au centre, parce qu’en réalité, c’est lui qui unit et réunit. 

En ces temps de covid, nous éprouvons ce manque immense de se rassembler, ou plutôt d’être rassemblés par le Seigneur. De « nous retrouver ». On retrouve les autres, mais on se retrouve aussi soi-même, quand l’Eglise est réunie autour du Seigneur. Prions, que nous restions remplis de ce désir de « faire Eglise ». L’Eglise existe vraiment quand elle est présence réelle.

« Les portes étaient verrouillées, par crainte des Juifs ». Même après avoir reçu l’Esprit Saint, ils maintiennent les portes bien fermées. La peur décidément leur colle à la peau. Un peur diffuse. Sauf peut-être Thomas : pourquoi donc était-il absent au premier dimanche ? N’était-il peut-être pas le seul à être déjà en route, en mission, pour annoncer l’Evangile ? Quoi qu’il en soit, nous avons aussi des peurs diffuses, des craintes de sortir « aux périphéries » et d’être comme le Ressuscité y pousse ses disciples, des témoins de miséricorde

En ces temps de covid, soyons vigilants à ne pas nous contenter de notre entre soi. De ce qui a toujours été ainsi et ne saurait changer. Gare à nos enfermements et aux portes verrouillées de notre cœur.

« Alors Thomas lui dit mon Seigneur et mon Dieu ». Thomas fait ainsi une profession de foi. Mais avant cela, était-il « sans foi » ? Y a-t-il donc une frontière invisible mais radicale entre croyants et non-croyants ? L’attitude de Thomas montre plutôt un grand désir de croire. Un désir peut-être maladroit, en demandant un signe, voir les plaies du Calvaire. Mais c’est un grand désir quand même, qui se concentre, se focalise sur le mystère de la croix. 

En ces temps de covid, sommes-nous toujours habités du désir de croire ? Ce désir qui est la racine invisible de notre foi. Invisible, mais qui la nourrit. Et est-ce que notre foi est tout entière tournée vers ce que Paul appellera « folie pour les hommes, sagesse de Dieu » : le mystère de la Croix, le mystère de l’amour invincible de notre Dieu ?

Voilà de quoi aussi se préparer à une sortie de confinement : heureux seront-nous de nous retrouver ou plutôt d’être retrouvés pour « faire Eglise ». A condition de déverrouiller bien des portes aux serrures un peu rouillées. Et de garder nos regards tendus vers le Christ, mort et ressuscité pour nous. Amen. 

+Jean Kockerols