Les sans-abris avec qui il a pris le petit-déjeuner à Saint-Gilles
« La rencontre avec le pape a changé nos vies »
Seuls quelques citoyens ordinaires ont eu l’occasion de parler longuement et de manière intime avec François fin septembre. Christ, Gustave et César faisaient partie des privilégiés : ils étaient présents au petit-déjeuner que le pape a partagé avec quelques sans-abris dans l’église de Saint-Gilles. « Il nous a bouleversés », se souviennent-ils, en évoquant une rencontre qui, selon eux, a changé leur vie.
Le décor était à la fois profane et religieux : une longue table avec vue sur l’autel, des plateaux de viennoiseries et des carafes de café. Dans l’église située sur la place de Saint-Gilles, douze sans-abris ont partagé un petit-déjeuner avec l’illustre visiteur de Rome le samedi matin 28 septembre. Au début, ils étaient intimidés, voire impressionnés, mais l’atmosphère s’est rapidement détendue. Le pape a mis ses douze convives à l’aise.
D’habitude, ils viennent en semaine et le samedi matin à Parvis Saint-Gilles, où le service social Entraide offre un petit-déjeuner aux sans-abris. Cette fois, ils partageaient un café avec le chef de l’Église. Les participants ont été choisis en fonction de leur intérêt pour la foi, explique Marie-Françoise Boveroulle, responsable de l’organisation. Elle a coordonné une petite réunion avec trois participants pour revenir sur cette rencontre.
Témoignages
« Quand je l’ai vu entrer dans l’église, je n’en croyais pas mes yeux », raconte Gustave, 65 ans, qui se décrit fièrement comme un gitan parlant aussi bien français qu’italien. « Je ne connaissais que le personnage, celui que je voyais le dimanche à la télé. Et là, il était en face de moi, à table. Il parlait d’exclusion. Quand je lui ai dit que j’étais gitan et que mes parents avaient échappé à un camp de concentration, il a immédiatement compris un peuple toujours exclu. Mes parents auraient été si fiers de savoir que j’ai parlé avec le pape. »
César, 66 ans, un Espagnol vivant depuis 50 ans en Belgique, ajoute : « Je n’arrive toujours pas à y croire. Je n’ai pas osé lui parler, j’étais trop nerveux et timide. Mais je réalise que j’ai été privilégié. Être là, dans cette église où je me suis marié, était un moment extraordinaire. Une photo de moi avec le pape a été prise, et je la regarde chaque jour. »
Un contact humain transformateur
Christ, 24 ans, réfugié du Cameroun, explique : « Pour mes amis, cette rencontre était exceptionnelle. Ils voient désormais mon expérience avec respect. Mais pour moi, c’était une rencontre simple avec un homme humble. » Gustave conclut : « La poignée de main qu’il m’a donnée m’a redonné confiance en moi. Je n’oublierai jamais ce geste. »
Les trois participants disent qu’ils se sentent parfois observés différemment après cette rencontre, mais insistent sur le fait que personne n’est parfait, comme le pape lui-même le reconnaît.
« Christ, Gustave et César étaient présents au petit-déjeuner que le pape a partagé avec quelques sans-abris dans l’église de Saint-Gilles. « Il nous a bouleversés. » »
©Tony Van Galen
Article traduit par Georgina Abdlki
