Au lendemain des attentats : un billet de Mgr Kockerols

Bruxelles, la ville pour laquelle je suis évêque, a récemment été endeuillée par deux attentats meurtriers.  Ils ont curieusement eu lieu pendant la semaine sainte. C’était la première fois qu’une telle violence se déployait dans nos quartiers. Une première dont on aurait bien voulu se passer, mais qui nous rapproche de ces villes où la violence aveugle est hélas devenue quotidienne.

En se promenant aujourd’hui dans les rues, et surtout dans les transports en commun, on sent combien ces événements ont bouleversé les gens. Des sentiments diffus sont perceptibles, il y a bien de la gêne. Le silence est lourd. Tout cela reste difficile à exprimer parce que d’abord difficile à décrypter, à expliquer, si c’était possible.

Les chrétiens dans la ville sont bien sûr tout autant concernés que les autres habitants. Ils sont hésitants, ils ont peur, ils sont fâchés, ils portent les mêmes questions que tout le monde. Pourtant, sur trois plans au moins, la foi en Christ les amène sur des chemins qui leur sont propres, sans qu’ils en aient l’exclusivité.

Je pense d’abord à la présence. Etre présent, même à ces réalités-là. Ne pas les fuir, les nier, se forcer à oublier. Non, être là. A l’instar de Marie au pied de la croix. Nous n’avons pas grand chose à dire. Rien même. Mais rester debout, demeurer en état de veille, au nom de l’humanité souffrante. En communion avec la ville et son malheur.

Il y a ensuite la confiance. Les chrétiens savent que « rien ne peut nous séparer de l’amour du Christ », comme l’écrit S. Paul aux Romains. Aucune tribulation, aucune épreuve, aussi dramatiques soient-elles. Cette conviction fonde notre espérance et notre confiance, non seulement en Dieu, un Dieu sauveur, mais aussi notre confiance en la personne humaine. Envers et contre tout. Nous essayons d’être témoins de cette confiance irréductible en l’homme. Lui qui a été mis par le Créateur au sommet de son œuvre de création.

Enfin, la rencontre. Les musulmans, si présents dans cette ville, ont leurs propres remises en question. Mais il serait malsain de les ignorer, de ne pas s’intéresser à eux, de ne pas vouloir insister : nous partageons les mêmes rues, les mêmes métros. Nous avons le même désir : vivre heureux au cœur de la cité.

+ Jean Kockerols

Un billet diffusé originellement sur RCF.