L’Équipe des Visiteurs, une ‘plus-value’ ? Témoignage d’une visiteuse

Devenir Visiteur de malades ? Rejoindre une équipe de Visiteurs pour partager et se former ensemble ? Noëlla, Visiteuse depuis 7 ans, nous partage son témoignage.

Un parcours personnel
Ma mère a vécu plus de 30 ans dans deux maisons de repos à Bruxelles. Comme j’habitais à cette époque à 100 km de la capitale, il m’était impossible de me charger de ses problèmes de chaque jour. Les premières 20 années, elle y a été heureuse car le repos dont elle pouvait enfin profiter a amélioré son état et lui permettait de participer à ce qui lui tenait à cœur. Par la suite, sa santé s’est dégradée petit à petit ; j’ai fait alors seule ses commissions, m’occupais de ses comptes et à la fin, elle avait besoin de mes visites hebdomadaires.

Entre-temps, je m’étais installée moi-même à Bruxelles et participais à l’équipe pastorale de ma paroisse. Le curé nous demanda, lors d’une réunion de l’équipe, de visiter certaines personnes de la paroisse et éventuellement de leur porter la communion. Pour moi, c’était impossible. J’étais trop bouleversée par la dégradation progressive de la santé de Maman et la pensée d’aller visiter d’autres personnes âgées, malades ou isolées me paralysait.

Et ce n’est que 6 ans après le décès de Maman que je me suis sentie capable d’essayer….

Etre visiteur en équipe
Les visites dans les homes et à domicile se passaient relativement bien, mais je sentais qu’il me manquait un certain bagage pour écouter et communiquer au mieux avec les personnes visitées. Quelques années ont encore passé avant que je ne découvre par hasard qu’il y avait, dans notre nouvelle Unité Pastorale, une Équipe de Visiteurs dans laquelle la formation était à l’honneur. J’y ai été accueillie à bras ouverts et suis depuis 7 ans devenue un membre fidèle. Au gré des réunions, les relations de confiance se nouent et c’est un lieu où l’on ose se montrer sans artifices : pleins de bonne volonté mais aussi de doutes, d’hésitations. Est-ce que je remplis convenablement le service qui m’est confié ? Suis-je « le serviteur inutile » de l’Évangile qui laisse transparaître la tendresse de Dieu ? Cette phrase, entendue à de nombreuses reprises, est tout un programme et c’est peu à peu qu’elle vous imprègne….

Se former en équipe
Nos réunions mensuelles commencent par une prière et traitent d’un thème décidé à l’avance. Le groupe se construit par l’écoute réciproque des questions, des problèmes mais aussi des joies liées à nos visites. A la fin de l’année académique, nous nous réunissons pour faire le point et vivre ensemble un repas et un échange cordial.

Le groupe décide des thèmes qui seront approfondis au cours de l’année, mais le partage des situations vécues est toujours très éclairant : « s’écouter les uns les autres pour devenir un bon écoutant ! » Les mêmes questions des personnes visitées reviennent régulièrement : ce sont celles qui nous touchent le plus et pour lesquelles nous n’avons pas de réponse. Elles sont liées à leur souffrance et nous ne pouvons qu’espérer que notre écoute leur rendra une certaine estime de soi et le désir de trouver eux-mêmes des éclairages nouveaux de ce qu’ils sont en train de vivre.

Nous invitons parfois une personne extérieure pour nous parler d’un thème spécial comme la maladie d’Alzheimer, Infor-homes asbl…

Même si notre groupe devient plus adulte, les formations restent nécessaires. On ne naît pas visiteur. Les nombreuses formations du Vicariat font un travail en profondeur et peuvent aider à affiner nos rencontres et à répondre à beaucoup de questions.

Ce qui m’habite
De ces formations, voici les points forts dont j’essaie de m’imprégner :

  • Ne pas avoir d’idées préconçues avant chaque visite, et répondre à l’attente de la personne visitée, pas à la mienne propre. Mgr De Kesel disait : « N’ayez pas d’agenda caché ! ». Accepter ses limites et les gérer avec l’Équipe. Ne pas mettre de masque. Être soi-même et « vrai ». Dans l’Évangile, Jésus compatit aux misères des gens qu’il rencontre et les remet debout. Il dit à chacun d’entre nous : « Toi, deviens toi-même ».
  • Notre but est l’écoute, la présence, pas l’évangélisation. Notre idéal poursuivi mais jamais atteint : « Être témoignage de la tendresse et de l’amour de Dieu ». Mgr De Kesel disait aussi : « Vous êtes sacrement de présence ».
  • Le spirituel dépasse le religieux : Dieu est là pour tous.
  • La mort fait partie de la vie ; partageons avec ceux qui sont proches de la mort ce qui nous fait vivre et essayons de vivre pleinement avec eux chaque instant ; nous ne saurons jamais ce qu’il y a après la mort, mais croyons à la relation d’amour avec Dieu.
  • Lorsqu’on est en présence d’une grande souffrance, il vaut mieux se taire. Prendre la main de la personne peut aider à un contact plus vrai que des paroles. Pour les souffrances morales, l’autre a sa réponse en lui. C’est à lui à la découvrir, quel que soit son degré de perception.

Ce qui est curieux, c’est que je pars bien souvent avec des pieds de plomb donner la communion dans un home ou faire des visites à quelques personnes âgées. Mais le fait d’écouter leurs problèmes et leurs joies me change moi-même et je me sens en général beaucoup plus en paix au retour….

Noëlla BINON, septembre 2017