Magazine Zélie : 6 questions sur l’Espérance

Le jubilé de 2025 nous invite à vivre sous le souffle de l’espérance. 6 questions sur cette vertu enthousiasmante.

 

1- Qu’est-ce que l’Espérance ?

L’espérance est la certitude que la vie et l’amour peuvent l’emporter sur la mort et toutes les formes de mal. À vue humaine, il n’est pas du tout évident d’affirmer que l’amour est une force plus puissante que nos fatigues et nos égoïsmes. De même, en apparence, la vie ne l’em- porte pas sur la mort : celle-ci semble toujours gagner à la fin. Voilà donc la nouveauté de l’espérance : nous pouvons croire en la vie et en l’amour, car ce sont d’abord des forces divines, au potentiel immense. Elles auront le dernier mot.

On le perçoit : seul le Seigneur peut offrir l’espé- rance. Sans Dieu, la grande espérance s’évanouit. Il ne nous reste que des espoirs humains, souvent beaux et lé- gitimes – fonder un foyer, obtenir tel diplôme, organiser tel évènement, se réconcilier avec telle personne, guérir de telle maladie, etc. –, mais dont la réalisation ne dure qu’un temps. De fait, la mort, véritable mur qui se dresse devant l’homme, viendra y mettre un terme. Elle demeure le véritable défi opposé à toute espérance cherchant à se fonder sur nos seules capacités humaines. Ce n’est qu’en se greffant sur la vie divine que nous pouvons imaginer une existence comblante par-delà la mort (1).

 

2- Quelle est la spécificité de l’Espérance chrétienne ?

On l’a dit, l’espérance vient du Seigneur. Lui- même est la Vie et la source de toute existence. Le Dieu qui nous donne l’espérance s’appelle « Celui qui est (2) », se- lon le nom révélé à Moïse. L’affirmation d’un Dieu vivant n’est bien sûr pas propre au christianisme (ni à la Bible), mais elle prend ensuite une coloration particulière avec Jésus. Souvenons-nous de sa parole à Marthe : « Je suis la Résurrection et la Vie (3) ». En tant que Dieu, le Christ est personnellement capable de faire mourir la mort : Il a pu ressusciter, retrouvant sa nature humaine désormais glo- rifiée. Jésus veut nous rendre également victorieux de la mort. Cela fait partie intégrante de son projet.

Dieu est donc Vie. Est-il Amour ? En réalité, seul le christianisme l’affirme (4). C’est une déclaration auda- cieuse : il n’est pas si évident de soutenir que le Seigneur soit pure bonté. Effectivement, les injustices, les guerres, les maladies, ou encore la mort peuvent nous faire dou- ter de l’amour divin : pourquoi le Créateur tolère-t-Il le mal si présent dans nos existences ? Remarquons cepen- dant que la foi chrétienne est aussi la seule à annoncer que Dieu a livré sa vie pour nous sur la Croix, prouvant ainsi son Amour infini pour nous et payant le prix de notre confiance. C’est la réponse du Seigneur à l’homme qui souffre.

La foi chrétienne peut donc oser cette équation : Dieu est Amour. Tirons-en les conséquences. Si le Sei- gneur nous appelle à vivre éternellement de sa vie, cela équivaudra à un plongeon dans l’Amour infini. Voilà une découverte extraordinaire, apte à transfigurer notre existence terrestre. Par exemple, Joséphine Bakhita, es- clave devenue sainte, vit son horizon s’élargir lorsqu’elle comprit qu’il existait un Maître plus grand que tous ceux qu’elle avait connus, que ce Maître était Amour, l’accom- pagnait et l’attendait dans son Royaume.

La vie et l’amour, objets de notre espérance, ne sont donc pas des idées abstraites. Dieu est Vie et Amour. Nous avons l’assurance qu’Il veut se donner à nous : Il le fait dès maintenant et le fera plus intensément encore dans l’éter- nité. Cette connexion à Celui qui est Vie et Amour prend la forme d’une amitié vivifiante, qui débute aujourd’hui.

 

3- Comment Jésus nous a-t-il enseigné l’Espérance ?

Ayant commencé sa prédication par les Béati- tudes, le Christ affirma être venu pour que nous ayons la « vie en abondance (5) » et nous ouvrit son éternité : « Quandje serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi (6) ». Cependant, Il assura que cette proximité éternelle commençait sans tarder : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde (7) ».

Ajoutons que le cadre dans lequel Il voulut offrir sa vie fut très évocateur : la Pâque juive, mémorial de la sor- tie d’Égypte. Israël était passé d’une terre d’esclavage et de mort à la Terre promise, symbole de liberté et de vie : le « pays ruisselant de lait et de miel (8) ». Jésus fit sien ce contexte en vivant sa propre Pâque, passant « de ce monde à son Père (9) » et nous entraînant dans son sillage. Les premiers chrétiens comprirent cette pédagogie divine, eux qui donnèrent du lait et du miel aux nouveaux baptisés, leur manifestant qu’ils touchaient la véritable Terre promise…

 

4- Que signifie la devise du Jubilé ?

On peut bien sûr proposer plusieurs commentaires de cette devise, mais souvenons-nous encore une fois de la sortie d’Égypte : les Juifs étaient alors de véritables « pè- lerins de l’espérance ». Leur marche était une libération offerte par le Seigneur. Pensons aussi à Abraham, inter- pellé par Dieu : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction (10) ».

Même si leur horizon n’était pas l’éternité, ces grandes figures de l’Ancien Testament aident à com- prendre le pèlerinage intérieur auquel le Christ nous in- vite. Il s’agit d’un exode : nous sommes appelés à quit- ter le monde trop étroit de notre moi, de nos esclavages intérieurs, de nos péchés, afin de grandir dans la liberté des enfants de Dieu, trouvant par là une vie féconde et indestructible, dont le cœur est la charité : « Nous, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères (11) », affirme saint Jean. Être pèlerins de l’espérance, c’est donc marcher sur la route pascale ou- verte par le Christ ressuscité, celle qui va de la mort à la vie – la même qui conduit du péché à l’amour.

 

5- Quelles sont les « étapes » de l’Espérance dans notre vie ?

« Dans le baptême, vous avez été mis au tombeau avec lui et vous êtes ressuscités avec lui par la foi en la force de Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts », explique l’Apôtre Paul (12). Tout nous est donc offert en germe dans la grâce baptismale. Il y a cependant plusieurs « étapes », plusieurs « saisons ». La victoire de la vie et celle de l’amour ne se manifestent pas au même moment dans nos existences.

Dès maintenant, nous pouvons vivre de la chari- té dont nous aimerons éternellement : sans plus tarder, celle-ci nous fait participer à l’Esprit Saint. De cette fa- çon, la victoire de l’amour peut être obtenue sur terre, de façon souvent visible. Ce sont les saints qui le réalisent le mieux : Mère Teresa, Pier Giorgio Frassati (canonisé avec Carlo Acutis durant le Jubilé), mais aussi telle mère de famille inspirée (c’est-à-dire remplie de l’Esprit), telle femme engagée pour le bien commun, tous ces saints « de la porte d’à côté (13) », selon l’expression employée par le Pape François. Il est impressionnant de voir comment les limites du cœur humain peuvent être dépassées. C’est évi- demment l’une des grandes joies de l’espérance : la cer- titude que, si nous sommes fidèles à la grâce divine, une certaine victoire de l’amour sera déjà acquise sur terre.

Du fait de son potentiel divin, la charité offre une espérance dans toutes les relations humaines, notamment au sein des couples. Tout n’est pas possible, mais beau- coup peut être fait, comme le montrent notamment les très nombreux fruits du mouvement chrétien Retrou- vaille. Benoît XVI voyait dans ces couples accompagna- teurs des gardiens de l’espérance pour les époux qui ont perdue celle-ci (14). Oui, la victoire de l’amour, qui ne va pas sans purification intérieure, nous est proposée dès maintenant.

Quant à la victoire de la vie, elle ne s’accomplira qu’après notre mort. Même si nous sommes sauvés par le Christ, il nous faudra passer par la mort que Lui-même a vécue. Cependant, la mort elle-même change de signifi- cation : « Je ne meurs pas, j’entre dans la vie », affirmait la petite Thérèse. Enfin, au terme de l’histoire humaine, la victoire de la vie et de l’amour sera totale : résurrection de la chair et fin des injustices marqueront le retour du Christ, « qui viendra les vivants et les morts(15). »

 

6- Comment concrètement faire grandir l’Espérance ?

L’espérance est une vertu théologale, nous « connectant » directement à Dieu. Comme toutes les ver- tus, elle grandit avec la répétition des actions. Durant le Jubilé, on peut donc donner une place privilégiée à l’Acte d’espérance dans notre prière quotidienne : Mon Dieu, j’es- père avec une ferme confiance que vous me donnerez, par les mérites de Jésus-Christ, votre grâce en ce monde et, si j’observe vos commandements, le bonheur éternel dans l’autre, parce que vous l’avez promis et que vous tenez toujours vos promesses. Puisque c’est une vertu que Dieu infuse en nous, il est tou- jours possible de Lui demander de la faire grandir.

D’autre part, si le constat du mal peut faire perdre l’espérance, c’est en contemplant le bien que nous pou- vons davantage croire en la force de celui-ci. Benoît XVI disait ainsi à la fin d’un concert : « Nous ne pouvons conti- nuer à nous opposer au mal et aux ténèbres que si nous-mêmes croyons dans le bien et nous ne pouvons croire dans le bien que si nous en faisons l’expérience et nous le vivons comme une réalité. Pendant l’heure qui vient de s’écouler, nous avons effleuré le bien et le beau avec notre cœur (16) ». Il va sans dire que le vrai, le beau et le bien doivent être puisés en leur Source – c’est l’œuvre de la prière et des sacrements – mais aussi dans tous leurs reflets créés. Recevoir ceux-ci et les donner sont une très belle manière de faire grandir en nous l’espérance : le bien n’est pas creux ou inexistant ! Faire mémoire des merveilles que le Seigneur a faites dans notre vie nous aide aussi à avoir plus d’espérance.

Enfin, l’espérance est aussi proposée à ceux qui pensent être dans une situation sans issue. Dans la vie spi- rituelle, le Seigneur peut permettre des impasses humai- nement insurmontables : la sortie ne se trouve parfois que par le haut, par un acte de confiance en Dieu, qui nous fait alors passer à un palier supérieur. Georges Bernanos affir- mait : « Quand on va jusqu’au bout de la nuit, on rencontre une autre aurore. (…) L’espérance est vertu, virtus, une déter- mination héroïque de l’âme. La plus haute forme de l’espérance est le désespoir surmonté (17) ».

Abbé Vincent Pinilla

Fraternité Saint Thomas Becket

Y a-t-il une espérance au plan politique ?

Jésus a promis que les portes de l’enfer ne pré- vaudraient pas contre son Église et, de fait, elle est la seule institution antique qui a traversé les siècles jusqu’à aujourd’hui. Elle a aussi conservé la foi dans le Christ, vrai Dieu et vrai homme – foi que le jubilé de 2025 nous permettra d’honorer particulièrement puisqu’il s’agit aussi du 1700e anniversaire du Concile de Nicée, où la divinité de Jésus a été affirmée.

Cependant, le Seigneur n’a pas donné à tel ou tel pays les promesses de la vie éternelle. En revanche, quand la foi certifie que l’amour est une force divine au potentiel immense, elle offre une clé décisive pour toutes les autres transformations sociales : les déséqui- libres extérieurs ne viennent-ils pas ultimement de dé- séquilibres à l’intime des âmes ? Le chrétien peut alors agir à deux niveaux. D’abord en évangélisant, afin qu’un plus grand nombre puisse se rapprocher consciemment de Dieu, Source d’amour. Ensuite, dans l’élan de cette charité, le chrétien est appelé à s’engager pour animer humainement et chrétiennement la société, ce qui peut contribuer à une amélioration politique, au moins localement.

Cela dit, Dieu semble avoir parfois voulu agir directement dans l’histoire de France, afin de la sau- ver de périls politiques. La dernière intervention divine impressionnante fut sans doute en 1947, alors que le pays était au bord de la guerre civile. Pendant ce temps, le 8 décembre à l’Île-Bouchard, quelques fillettes af- firmèrent avoir vu une belle dame leur demandant de prier pour la France. Le lendemain soir, retournement de situation : le Comité national de Grève, dominé par les communistes, décida de capituler sans négociation. La France fut sauvée, comme elle le fut par l’intermé- diaire de sainte Jeanne d’Arc en 1429. A. V. P.

Annoncer une espérance crédible

Pour approfondirpage6image1647331104 les thèmes de cet article, le livre L’espérance qui est en nous cherche à répondre aux questions suivantes :

  • L’Espérance nous vient de Dieu, mais y a-t-il vraiment un Créateur ?
  • La science n’a-t-elle pas rendu caduque l’idée de Dieu ?
  • Comment être certain que Dieu est Amour ?
  • La cohérence de la foi peut-elle être vérifiée par l’expérience ?
  • Comment garder la jeunesse de cœur ?

Publié par l’Aumônerie des étudiants de Bayonne et rédigé par l’Abbé Vincent Pinilla, auteur de cet article, ce livre peut rencontrer un public de jeunes, mais aussi des lecteurs plus âgés. Certains chapitres peuvent être repris pour des exposés auprès de lycéens.

Version numérique (offerte jusqu’à la fin du Jubilé) ou version imprimée (14 euros + port) à commander via www.aebayonne.fr

page6image1647331776

Notes :

(1) Cf. Romains 5, 10. (2) Exode 3, 14. Cf. saint Thomas d’Aquin, Contra gentiles, I, 22. (3) Jean 11, 27. (4) 1 Jean 4, 8. (5) Jean 10, 10. (6) Jean 14, 3. (7) Jean 28, 20. (8) Exode 3, 7-8. (9) Jean 13, 1. (10) Genèse 12, 1. (11) 1 Jean 3, 14. Cf. Jean 15, 16. (12) Colossiens 2, 12. (13) François, Gaudete et exsultate, 19 mars 2018, n° 7. (14) Discours au participants de la rencontre du mouvement Retrouvaille, 26 septembre 2008. (15) Symbole des Apôtres. Cf. Jean 5, 28-29 et Benoît XVI, Spe salvi, n° 43. (16) Benoît XVI, Paroles à l’issue du concert donné par le Bayerisches Kammerorchester Bad Brückenau, Castelgandolfo, 2 août 2009. (17) Georges Bernanos, La Liberté pour quoi faire ? dans Essais et écrits de combat, II, Gallimard, Paris, p. 1062-1263.

***

Accéder à l’article en ligne et découvrir le n°100 du magazine Zélie ici.

Qu’est-ce que Zélie ?

Zélie c’est un magazine (document numérique) de 26 pages environ dont vous recevrez gratuitement le lien dans votre boîte aux lettres électronique, la veille du premier jour de chaque mois. Vous pourrez le lire sur votre écran de smartphone, de tablette ou d’ordinateur aussi bien qu’en version papier après l’avoir imprimé – c’est un format A4.

Titre de presse indépendant, Zélie compte actuellement plus de 13 000 abonnés.