Messe d’A-Dieu de l’abbé t’Serstevens

Ce matin, le 7 septembre à 10h30 s’est déroulée la messe de funérailles de l’abbé Jacques t’Serstevens à la cathédrale Sts-Michel-et-Gudule de Bruxelles.

Voici l’homélie de mgr Kockerols :

«  Vous aussi, tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra » Jacques était prêt. Même s’il n’a pas toujours été là à l’heure, il était prêt, fidèle à la devise scoute « toujours prêt ». Les passages de la sainte Ecriture qui ont été proclamés, Jacques les a choisis. Inutile de vous dire qu’il nous a drôlement facilité la tâche dans la préparation de cette célébration.

Quand S. Jean commence sa lettre, comme dans l’évangile : il parle avec ses tripes, c’est presque physique. « Ce que nos yeux ont vu, ce que nos mains ont touché » Il ne parle pas d’un savoir, d’un raisonnement, d’une docte philosophie. Il parle de sa propre expérience. « Ce que nous avons entendu », la phrase revient trois fois. Avec cette conséquence irrésistible : cela, « nous vous l’annonçons ». Il le dit quatre fois, quelle insistance ! Comme pour dire : je ne peux pas faire autrement. Cela me déborde, C’est tellement grand, tellement fort. Et je vous annonce cela pour être en communion, pour vous le partager, parce que l’Evangile, ce trésor-là, grandit quand on le partage. Voilà ce qui ne peut que nous rassembler, ce qui ne peut que nous unir.

Jacques aussi partait non pas d’une sagesse, d’une philosophie, mais d’une expérience, celle de Dieu et de son Christ, rencontré dans sa prière. Il était habité d’une immense soif d’annoncer l’Evangile. Il aimait la communion entre nous qui en est le fruit. Cela le débordait tellement, que parfois il s’emportait et broubelait dans ses homélies. Toute sa vie, il nous a montré « je ne peux pas faire autrement, c’est plus fort que moi ».

Nous sommes ce matin bien nombreux ici. Malgré le fait que la famille proche de Jacques soit numériquement très modeste. Alors pourquoi une telle foule aux funérailles d’un homme célibataire ? Parce qu’il nous a mis en communion. Avec le Christ et entre nous.

Le psaume, que nous avons aussi retrouvé dans ses notes, nous dit « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent ». Etrange paradoxe que cette rencontre, cette réconciliation entre l’amour et la vérité, entre la justice et la paix, entre l’exigence parfois rude de la vérité et de la justice et la surabondance de l’amour qui conduit à la paix.

Jacques aussi, n’en était pas à un paradoxe près. Mais tout l’Evangile n’est-il pas paradoxe ? N’est-il pas un clash permanent des réalités qui semblent s’opposer et qui pourtant, dans la force de l’Esprit Saint, se voient réconciliées ?

Quant à l’Evangile qui a été proclamé, il rappelle que le chrétien est serviteur, à la suite de celui qui n’a voulu que servir, le Christ. Et le serviteur est toujours prêt. A des heures incongrues et à des moments imprévus. Ce serviteur se repose-t-il parfois ? Oui, mais il se relève quand le Christ frappe à sa porte.

Inutile de vous dire qu’ici aussi, on devine les traits de notre frère, de notre ami. A sa nièce, il confiait : je n’arrive pas à dire non. Prêt à servir, être là, à s’intéresser à l’autre, à le consoler, à lui serrer la pince (au propre et au figuré). Quitte à prendre trois rendez-vous à la fois. Quitte, le soir, à s’écrouler de sommeil devant sa télévision allumée. Quitte à sauter un ou deux repas, mais à se rattraper au troisième…

Il y aurait tant à dire… Mais le plus important ne se dit pas, il se cache au fond du cœur de chacun ici. Nous rendons grâce car le prêtre que Jacques a été jusqu’au fond de ses tripes, nous a servi, abondamment. Il nous a annoncé, sans relâche, le Christ et son Evangile. Désormais, arrivé auprès du Maître, c’est ce dernier qui le fait prendre place à table et passe pour le servir. »

 

Mgr Kockerols +

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