Messe pour les défunts de la famille royale du 19 février | L’homélie de Mgr Kockerols

Monseigneur Kockerols a fait une très belle homélie, à l’occasion de la messe pour les défunts de la Royale, en l’église néo-gothique de Notre Dame de Laeken, le 19 février.

La liturgie de la messe

Cette homélie qui suivit les textes, la voici :

« Il y a quelques mois, à l’occasion du centenaire de l’Armistice de 1918, nous étions nombreux à aller nous recueillir dans les immenses cimetières militaires dans les environs d’Ypres. Les cimetières, si bien entretenus, avec leur verdure et leur calme, ont quelque chose de beau, de reposant. On en oublierait presque la tragédie, l’horreur, l’inhumanité qui en sont à l’origine. Mais quand on se penche et qu’on essaye de lire les noms de ces défunts, on peut lire, souvent : Known unto God. Connu de Dieu seul. Pour nous les hommes, nous ne savons pas qui repose là. On ne connaît pas son nom, ce qui aurait permis de lui donner une identité, autrement dit une réalité à nulle autre identique. Non, nul ne connaît l’histoire de ce défunt, ce qu’il a fait, quel était son caractère, son idéal, ses joies, ses peines. On n’en sait rien. Et pourtant : Dieu sait. Pour Dieu, celui-là, celui-là et personne d’autre, est et reste un unique, un irremplaçable. Dieu connaît le poids de cette vie-là, sa grandeur, sa beauté.

Pour beaucoup de défunts de la famille royale, nous savons bien des choses. Les livres d’histoire, les souvenirs des uns et des autres nous en rapportent des traits saillants. Des actes mémorables, des paroles qui ont surpris, des traits de caractère qui ne pouvaient être cachés. Et pourtant, il y a tant d’autres réalités dont nous ne savons rien. Ou plus rien. Nous avons une mémoire sélective. Le temps et la mémoire défaillante rendent les souvenirs plus flous. Et puis à la fin, on a l’impression qu’on ne sait plus grand chose. Est-ce que tout cela a disparu à jamais ? Est-ce que tout cela n’est désormais que poussière ? Non. La foi chrétienne affirme haut et fort : so many things are known unto God. Pour Dieu, celui-là, celle-là reste un unique. Pour Dieu, chacun de nous est pour l’éternité un unique, un irremplaçable.

Ceux que nous commémorons aujourd’hui ont aussi connu l’épreuve. Ce n’est pas parce qu’on fait partie d’une famille illustre, qu’on est ipso facto exonéré des combats de l’existence, des peurs et des angoisses que tout humain rencontre un jour ou l’autre. Non, ils ont aussi connu des épreuves, de ces moments où on se croit seul, si seul, si pauvre, perdu, dans le non-sens. Le Christ ressuscité, est celui qui nous fait surmonter tout cela. « En tout cela, nous sommes les grands vainqueurs, grâce à celui quoi nous a aimés » (Rm 8, 37).

Mais on peut se demander : alors en fin de compte, qu’est-ce que Dieu veut bien connaître ? De quoi veut-il bien se souvenir, avec nous ? Si Dieu est amour, s’il est « la résurrection et la vie » (Jn 11,25), sa mémoire est celle du cœur. Dieu a une mémoire sélective, lui aussi. Qu’est-ce qui avec lui entre dans l’éternité ? Qu’est ce qui reste connu de Dieu, known unto God ? Eh bien, ce qui est appelé à rester de notre vie, c’est l’amour. L’amour, qui ne passera jamais. Alors que tout le reste devient poussière, que tout passe, même notre foi et notre espérance ! Tout passera, sauf l’amour (cf 1Co 13). Tout ce qui aura été dit ou fait ou pensé par amour, tous les choix qui ont été posés par amour, tout cela ne passera pas. Même de ceux dont le souvenir est devenu si lointain.

 « Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu ». Rien de ce qui a été fait par amour ne sera perdu. Comment ? Dieu seul, source de l’amour, sait comment. Nous savons si peu de choses ; Et nous oublions tant de choses. Mais rien de ce qui aura été fait par amour ne sera perdu. Qu’il nous suffise de le savoir. Et de le croire. Et d’en vivre. This will be known unto God. Aujourd’hui. Amen. »

+ Jean Kockerols