Monde anglican à Bruxelles | Interview de Gayl Russell, fondatrice de Community Kitchen

 

Monde anglican à Bruxelles | Interview de Gayl Russell, fondatrice de Community Kitchen

Servir ses prochains

Le parcours de la fondatrice de Community Kitchen

 Cette femme de 60 ans est la fondatrice de Community Kitchen. Avec son équipe, elle livre chaque semaine 5000 repas pour les migrants les personnes sans abri du hub de la Croix-Rouge, avenue du Port. Son engagement pour les autres est aussi le reflet d’un puissant chemin de foi.

Arrivée à Bruxelles en 1999, Gayl a débuté sa carrière de bénévole pour des causes touchant les enfants et concernant le handicap, parallèlement à une vie professionnelle bien remplie. Mariée, cette maman appartient à la communauté anglicane d’Holy Trinity, la procathédrale d’Ixelles. Il fut un temps, nous confie-t-elle, où sa vie de chrétienne se limitait à une présence régulière aux offices et à l’écoute des sermons. Sa foi n’imprégnait pas encore toute sa vie. Et Gayl de citer Saint Paul aux Corinthiens : « Quand je parlerais toutes les langues des hommes, et même des Anges, si je n’ai pas la charité, je suis [comme] l’airain qui résonne, ou [comme] la cymbale retentissante ».

 

Les débuts modestes

En 2018, elle s’investit bénévolement pour Serve the City et Le Phare. Dans une toute petite cuisine, elle prépare des soupes tous les jeudis pour environ 150 personnes sans domicile fixe. La demande croît et les locaux sont bientôt trop étroits. Gayl sollicite alors les dirigeants d’Holy Trinity, leur demandant de pouvoir utiliser leur cuisine, équipée de grands freezers. En septembre 2019, elle fonde l’asbl Community Kitchen basée à Holy Trinity mais indépendante de celle-ci.

Au printemps 2020, le covid oblige à repenser l’organisation, tant en termes de préparation qu’en termes de distribution. La nourriture est alors distribuée en rue. Parallèlement, la demande explose, la majorité des alternatives habituelles ayant disparu. Par chance, la préparation de ces repas entre dans la catégorie des « services essentiels », et peut donc se poursuivre.

En 2021, la Croix Rouge reprend la gestion du nouveau hub humanitaire, avenue du Port à Molenbeek pour lequel Community Kitchen assure déjà certains créneaux. Le hub humanitaire est la première tentative notable de professionnaliser l’accueil multi-services auprès des migrants à Bruxelles. La principale amélioration au niveau de l’aide alimentaire consiste en l’ouverture d’une vraie salle où chacun peut s’asseoir pour manger et la possibilité de distribuer la nourriture dans de meilleures conditions, ce qui signifie un confort appréciable pour les bénéficiaires.

Au cours des deux dernières années, Community Kitchen est passé du service d’un repas par mois à la distribution de… 5000 repas par semaine.

 

Des bénévoles incroyables…

Cette montée en puissance s’est nécessairement appuyée sur l’arrivée de nouveaux bénévoles mais aussi sur la professionnalisation des opérations. Community Kitchen s’appuie aujourd’hui sur l’expertise de Serve The City, une application qui permet à des bénévoles de s’inscrire pour le service et le créneau qu’ils ont choisis. La simplicité d’utilisation et la notoriété de l’application assurent le flot constant de bonnes volontés.

Pour assurer la stabilisation du projet, l’engagement de personnel s’est toutefois avéré nécessaire. Community Kitchen emploie une cheffe cuisinière et deux aide-cuisinières ; le trio forme une bonne équipe car cuisiner demande une implication sans faille, une grande capacité de travail, la capacité à résister au stress en plus des compétences techniques. Le public qui est accueilli avenue du Port, consiste en des réfugiés, des demandeurs d’asile et d’autres personnes en grande précarité.

L’organisation est largement portée par les volontaires. L’accueil inconditionnel de toutes les bonnes volontés donne au final un bouquet de profils… très variés. Parmi eux, des personnes ayant traversé les continents pour arriver en Europe dans des conditions inimaginables et qui en gardent un traumatisme. A travers cette activité, menée dans un mix de français et d’anglais, les bénévoles comme les encadrants apprennent constamment et acquièrent des ressources précieuses relatives au travail en milieu interculturel. A relever : devenir bénévole permet fréquemment aux personnes d’accéder à nouveau au marché du travail. Pour certains migrants, ce sera même une grande première sur le sol européen. L’engagement au sein de l’asbl permet de retrouver une estime de soi et de mettre derrière soi le traumatisme du déracinement et du voyage. Pour ce faire, Communité Kitchen travaille notamment avec l’asbl Oasis qui œuvre auprès de femmes en situation de vulnérabilité (violences domestiques, prostitution…). Objectif : offrir à ces personnes de la stabilité pour reconstruire leur vie. L’asbl aide les personnes à trouver un toit et un travail, en offrant de l’aide à la rédaction d’un CV, dispensant des cours de langue dans un cadre sûr.

 

… et des donateurs qui y croient

Une organisation telle que Community Kitchen ne pourrait fonctionner sans les dons et les subsides publics et privés. Au quotidien, il s’agit de trouver l’argent pour payer le salaire des cuisinières, l’approvisionnement en matières premières ainsi qu’un nombre (restreint) de frais de fonctionnement. Parmi les donateurs réguliers, figurent l’Eglise Anglicane Anglaise et l’Eglise Anglicane en Europe. Gayl Russell s’investit fortement dans la récolte de fonds, devenant ambassadrice auprès des clubs d’affaires, d’associations professionnelles et d’acteurs de la vie « corporate ». De longue date, elle propose aussi à des entreprises d’envoyer leurs salariés en teambuilding au sein de Communité Kitchen. A travers cette expérience pleine de sens, c’est aussi la notoriété du lieu qui s’accroît. Ainsi que la possibilité de trouver de nouveaux bénévoles. Si le réseau de donateurs a beaucoup augmenté, le principal enjeu consiste à élargir la base des donateurs réguliers. A chaque Noël, Community Kitchen réunit ses donateurs et soutiens pour un grand repas de gala destiné à lever des fonds.

 

La plus belle entreprise

Quand on demande à Gayl si l’expérience de Community Kitchen a changé sa foi, elle sourit. Ce défi est assurément l’entreprise la plus satisfaisante qu’elle ait jamais entreprise. Le fait d’être constamment entourée par des personnes investies pour le bien-être des autres est incroyablement motivant pour elle – et s’inscrit dans une telle rupture avec l’idée commune selon laquelle l’homme ne serait pas bon. L’énorme somme de compassion qui s’exprime dans le milieu caritatif ne cesse de la toucher. La détresse profonde qu’elle croise dans la rue ne peut que l’émouvoir – car elle touche ses frères et sœurs en humanité. Pour elle, au final, c’est bel et bien l’amour qui donne la foi.

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Aller plus loin : https://communitykitchen.be

Devenir bénévole à votre tour, en cliquant sur le lien ici.

Visiter la page d’Holy Trinity, la pro-cathédrale anglicane à Bruxelles ici.

En savoir plus sur le hub humanitaire de la Croix-Rouge ici.