Le rôle des chrétiens dans l’Europe d’aujourd’hui

Herman Van Rompuy, Président émérite du Conseil européen, a réfléchi sur les valeurs de l’Union européenne lors d’un discours prononcé à la Chapelle de l’Europe à Bruxelles le 20 janvier dernier.

« L’Union européenne a été créée à partir d’un ensemble de valeurs. Ce n’était pas en premier lieu un projet économique, c’était notre réponse à la cruauté et à la barbarie de la deuxième guerre mondiale et de toutes les guerres précédentes. Cette Union était fondée sur la réconciliation entre les nations et donc sur le rétablissement de la dignité humaine et la valeur irremplaçable de chaque personne. Nous avons renoncé à la vengeance. En déshumanisant les autres, nous nous déshumanisons nous-mêmes inexorablement, dans une spirale sans fin de violence et de haine. L’Union européenne a mis un point d’arrêt à cette évolution fatale.

Une union de valeurs

La chute du Mur de Berlin s’est faite elle aussi à partir d’un ensemble de valeurs. C’était une victoire sur la duplicité, sur la dictature, sur la volonté de ne pas tenir compte du caractère unique de chaque être humain. Une personne n’était que le produit de la division d’un million par un million, ce n’était que l’une des parties d’un tout. Adhérer à l’Union signifiait adhérer à ces valeurs, que nous appelons souvent les valeurs européennes.

Le rôle des chrétiens dans la création de l’Union a été d’une importance cruciale. N’oublions pas que les deux idéologies qui ont été responsables de la plupart des atrocités du siècle précédent n’avaient rien à voir avec la religion ou avec le christianisme. Les chrétiens devraient rester les défenseurs les plus ardents de l’idée européenne.
 Dans le monde d’aujourd’hui, nous sommes confrontés à de nouveaux défis majeurs, aux implications éthiques fortes.

Mon slogan, c’est « Une civilisation unique, de multiples cultures ».
 Notre civilisation occidentale est bâtie sur la démocratie, l’Etat de droit, l’égalité entre hommes et femmes, la non-discrimination, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, l’économie sociale de marché. Ce cadre devrait permettre à de nombreuses convictions et de nombreuses cultures d’avoir leur place. Nous avons besoin de diversité. Une fois qu’on accepte ce modèle, le nombre de musulmans ou d’autres croyants a moins d’importance. Mais le sentiment général, c’est qu’on n’en est pas encore là.

Quoi qu’il en soit, les chrétiens doivent demeurer personnalistes. Les êtres humains ont une dignité inhérente qu’on ne peut jamais relativiser ou amoindrir, et ni nos semblables ni la société n’ont le droit de les supprimer ou de les violer. Les être humains sont des êtres de relation et ce sont des êtres qui s’engagent, c’est-à-dire qui assument librement la responsabilité de leur propre vie mais aussi celle de leurs semblables et de l’ensemble de la communauté. Les chrétiens ne doivent jamais oublier que les autres sont des personnes bien concrètes, en particulier celles qui sont dans le besoin. Nous devenons des personnes réellement engagées, moralement engagées, lorsque nous sommes confrontés à des gens qui traversent la Méditerranée en plein hiver, à des enfants qui meurent de froid ou qui vivent dans des tentes à Calais. Voir le visage de ces personnes pourrait changer nos opinions et nos comportements.

A la différence de nombreuses autres idéologies, le personnalisme ne prétend pas avoir de réponses toutes prêtes à tous les défis et les problèmes auxquels nous sommes confrontés en tant que société ou en tant qu’individus. Il n’y a aucun livre qui contienne toutes les réponses, mais il existe un ensemble de principes et d’orientations que nous pouvons suivre quand nous nous efforçons de dire comment nous devons nous traiter les uns les autres et quel est le rôle que devraient jouer l’Etat et les autres institutions dans nos sociétés.

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