Voeux du Cardinal De Kesel | « Seule la solidarité apporte le salut »

Le Cardinal Jozef De Kesel, notre archevêque, a partagé son message de Noël lors de la messe de minuit en la Cathédrale Saint-Rombaut à Malines et de la messe du jour de Noël en la cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule à Bruxelles. Le voici en intégralité:

Un Noël pas comme les autres

Cette année encore nous ne pouvons pas fêter Noël comme d’habitude. La pandémie que nous ne parvenons que difficilement à contrôler ne nous le permet pas. Elle impose de sérieuses limites. Des limites qui ne nous empêchent pas seulement de nous réunir mais qui occasionnent aussi tant de misère pour beaucoup, non seulement chez nous mais partout dans le monde.

Noël est cependant traversé de part en part par une joie profonde. « Ne craignez pas car je vous annonce une grande joie pour tout le peuple ». Ainsi résonne le message adressé aux bergers. Un message qui ne porte pas sur de nouvelles idées, sur une nouvelle conception philosophique, une nouvelle religion. Un message qui annonce simplement la naissance d’un enfant, mais d’un enfant bien particulier car il est dit de lui : « Aujourd’hui un Sauveur vous est né ».

Un « sauveur ». Ce mot ne nous vient plus aussi spontanément à la bouche. Nous nous méfions plutôt de dirigeants ou d’idéologies qui se proposent comme la solution à tous nos problèmes. C’est plutôt l’humilité et la simplicité qui honorent les vrais dirigeants. De là nos soupçons à l’égard de ceux qui proposent des solutions aussi radicales que simplistes pour relever les défis ; et ces défis sont toujours bien présents aujourd’hui.

La pauvreté et le réchauffement climatique, les autres pandémies

Il n’y a pas que le malheur de la pandémie. La pauvreté subsiste et ne fait que croître chez nous et de par le monde. De trop grandes inégalités entre les gens compromettent la paix sociale. Il n’est pas bon que des gens aient l’impression de ne pas être écoutés et de ne compter pour rien. La migration est concernée par toutes ces questions : il y a des gens qui fuient leur pays en raison de la pauvreté ou parce qu’ils sont confrontés à des situations sans issue. Leur situation est affligeante. Elle nous va droit au cœur. Combien ne se sont-ils pas noyés en Mer Méditerranée. Récemment encore vingt-sept personnes dont des enfants, ont perdu la vie en Mer du Nord. Lors de sa visite ce mois ci sur l’ile de Lesbos le pape François a parlé « d’un cimetière froid et sans pierres tombales ». Ils sont évidemment les victimes de trafiquants d’êtres humains. Mais comment se fait-il qu’ils ne puissent chercher leur espoir uniquement auprès d’eux ? Comprenons le bien : ils ne sont pas d’abord des problèmes mais des êtres humains à la recherche d’une vie plus dignes. Ou se trouve la frontière entre la loi et l’humain ?

Les inondations dans la région de Liège et ailleurs en Wallonie au cours de cet été restent également gravées dans notre mémoire. Les dégâts sont énormes mais la solidarité qui s’en est suivie, fut aussi très grande. Cela a fait chaud au cœur. Cette catastrophe a montré une fois de plus combien le réchauffement de la terre doit être pris au sérieux et combien il ne concerne pas seulement notre manière d’agir avec la terre et ses sources naturelles, mais aussi à l’égard les uns des autres, surtout à l’égard de ceux qui sont pauvres ou dans le besoin. Comme le dit le Pape François, le cri de la terre est aussi le cri des pauvres.

Seule la solidarité peut apporter le salut

Au milieu de tous les défis et de l’incertitude et de l’angoisse qu’ils apportent, résonne aujourd’hui le message de Noël : « Aujourd’hui vous est né un sauveur ». Message étrange : un enfant qui sauve. Oui, c’est vraiment notre foi : dans cet enfant Dieu lui-même vient à notre rencontre. Un Dieu bien étonnant, pas un Dieu tel que nos rêves et nos désirs nous le font imaginer. Il n’a aucune stratégie ni idéologique ni politique si ce n’est ceci : partager notre existence et faire lui-même l’expérience d’être homme. Devenir l’un des nôtres et partager tout ce qui est humain y compris notre impuissance et notre fragilité. C’est ce mystère que nous célébrons : Dieu a voulu partager notre existence. Être homme, telle est sa stratégie.

Seule la solidarité peut apporter le salut. Seule la solidarité garantit la vraie liberté. La naissance du Christ est tout entière un signe de solidarité et de vulnérabilité. Un nouveau-né dans une crèche : rien de spectaculaire, au contraire Il n’est pas seulement devenu l’un des nôtres mais il a choisi la dernière place, solidaire avec tous ceux qui en ce monde ne comptent pour rien. Il est toujours resté ainsi. Il a vécu ainsi. Il est mort ainsi. C’est tout le contraire de l’indifférence et du repli sur soi qui menacent tant notre société.

« Aujourd’hui vous est né un sauveur ». Au-delà de l’éclat avec lequel Noël est fêté, n’oubliez pas sa son vrai sens, sa signification originelle : qu’en lui c’est l’humanité de Dieu qui se manifeste. Dieu s’est fait homme pour que nous soyons nous aussi en toute vérité des êtres humains, des frères et des sœurs les uns pour les autres. C’est la seule gloire que Dieu cherche dans ce monde et parmi nous. Cette gloire est source de paix, de fraternité et de bonheur pour tous les hommes. C’est cette paix et ce bonheur que je vous souhaite pour l’année qui vient.

Sainte fête de Noël !

+Jozef Cardinal De Kesel
Archevêque de Malines-Bruxelles

© photo: Luc Hilderson