Equipes Notre-Dame | Charles Delhez sj: « Heureux ceux qui sont imparfaits ! »

 

La journée nationale des Equipes Notre Dame aura lieu à Maredsous le 8 octobre prochain. Elle aura pour thème « Bienheureuses familles imparfaites ». A cet occasion, l’abbé Charles Delhez – Conseiller Spirituel national des Equipes Notre-Dame – nous livre cette réflexion qui parlera à chacun d’entre nous.

La perfection est à la fois notre idéal et notre souffrance. Notre idéal, en effet : chacun vise à s’améliorer lui-même. Notre souffrance, parce que nous n’y arrivons jamais et que l’imperfection des autres nous fait tant souffrir, nous faisant parfois oublier la nôtre !
Dans l’évangile de Matthieu, Jésus y va fort : « Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48). Mais il est sans doute plus juste de traduire : Vous serez parfaits. Du coup, il s’agit moins d’un impératif que d’une espérance, d’un horizon. Une morale du chemin et non du code. Luc, lui, parle de miséricorde : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (6, 36). La perfection demeure un idéal, une promesse ; la miséricorde nous permet de ne pas tomber dans le perfectionnisme, cette obsession maladive.
Ce Jésus a passé sa vie à fréquenter les pécheurs, tellement qu’on le lui a reproché. Et le pardon est au cœur de son message. Étonnante tension, qu’il faut pouvoir vivre dans la paix intérieure. Jamais nous ne serons au top de ce que nous rêvons, et il faudra pouvoir nous le pardonner, avoir une tendre affection pour nous-mêmes, sans autre ambition que d’être ce que nous sommes, humblement. Jamais non plus les autres ne serons tels que nous les avions imaginés ou comme nous les souhaiterions, et il faut pouvoir le leur pardonner. Mais aussi croire qu’ils sont habités par la même tension que nous, qu’ils sont en espérance plus grands que ce qu’il parviennent à être en réalité.

En famille et en couple

Quelle est la famille qui ne connaît pas l’un ou l’autre échec soit conjugal, soit parental, soit professionnel ou encore de santé ? Mais on arrive à vivre avec cela et souvent, la tendresse, la compréhension, la miséricorde, la patience, l’espérance de jours meilleurs pallient ces imperfections. On peut dire la même chose des couples. Le désir de perfection est la beauté du couple, mais l’exigence de perfection adressée, consciemment mais souvent inconsciemment, à l’autre en est la fragilité, voire le drame.
L’imperfection morale et spirituelle doit être combattue. Il n’empêche. Elle a aussi son versant positif. Elle nous empêche de tomber dans la toute-puissance écrasante et de juger les autres, car nous risquerions bien de leur reprocher nos propres misères ! Elle nous ouvre aux autres précisément parce que nous avons besoin d’eux pour la combattre. Quel bonheur que d’être aimé, non pas malgré mes défauts, mais à cause d’eux. Celui qui m’aime me dit : « Je continue à vouloir t’aimer, non en fermant les yeux, mais en les gardant bien ouverts. Si tes imperfections me font souffrir, en effet, elles te font mal à toi aussi. Je veux mettre une dose d’amour supplémentaire là où tu as de la peine à t’aimer toi-même. »
L’amour est une alliance, non entre deux champions, mais entre deux personnes qui essaient de vivre toujours mieux leur humaine imperfection. Nous sommes en effet de la même humanité. Nous pouvons alors cheminer ensemble dans la compassion et la tendresse, sans jugement.

Le levier spirituel

Il est important d’apprendre à vivre l’imperfection, ou plutôt à en prendre conscience, car c’est elle qui nous garde en chemin. Notre imperfection entretient notre humilité, et donc notre ouverture à l’autre, car je ne me suffis pas. Celle des autres – on ne peut la nier non plus – nous fait un cœur miséricordieux (cette miséricorde dont nous devons aussi réserver une part pour nous-même).
La spiritualité sera toujours un levier important. Il ne faut cependant pas faire fi, dans certaines situations, d’un accompagnement thérapeutique (soit seul, soit à deux, soit même les deux). Certains couples « expérimentés » (mais également imparfaits) peuvent en effet aider. Chacun étant riche de sa propre expérience peut, au moins partiellement, aider les autres. Il est essentiel de pouvoir accepter un regard extérieur qui a la lucidité de l’objectivité. Il suffit parfois d’une idée, d’une intuition, d’une réflexion offerte par un ami pour nous remettre en route.

Charles Delhez sj